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 amorce d'un vrai débat sur le nucléaire par christophe

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MessageSujet: amorce d'un vrai débat sur le nucléaire par christophe   amorce d'un vrai débat sur le nucléaire par christophe Icon_minitimeVen 25 Mar - 10:02

Les risques enfin maîtrisés
Mouais, pas si sûr tout de même, 10 ans après Three Mile Island, on passe à Tchernobyl : « nous allons tirer les enseignements ». 25 ans après, c’est le Japon : « Oui mais en France, ce n’est pas pareil ; nous, on maîtrise mieux les risques ». La messe est dite, le nucléaire est effectivement une affaire de gestion des risques sanitaires et environnementaux.
Cette gestion des risques est, je pense, incompatible avec notre économie de marché qui tire tout vers le bas afin d’optimiser le profit. Exemple : les sous-traitants de sous-traitants. Qu’Alcatel en vienne à sous-traiter l’entretien de ses locaux à Faceo qui lui-même sous-traite à une boîte locale ne me laisse déjà pas indifférent (Alcatel peut ainsi fermer les yeux et se déresponsabiliser sur certains manquements graves du niveau inférieur de sous-traitance – exemple le licenciement abusif de personnel syndiqué). Dans l’industrie nucléaire, cette sous-traitance imbriquée m’inquiète nettement plus dans la mesure où ces travailleurs mettent grandement leur santé en jeu (ils n’hésitent pas à laisser de côté leur compteur de radiation pour continuer de travailler une fois le quota mensuel atteint) et sont soumis à des pressions qui justement augmentent le risque soi-disant maîtrisé. Le reportage « RAS nucléaire, rien à signaler » diffusé sur ARTE sera riche de témoignages.
Que penser également des centrales dont on prolonge la durée d’exploitation ? Je ne connais pas l’état de santé de ces centrales vieillissantes mais il est rationnel d’affirmer que prolonger une centrale augmente le risque ; c’est le cas pour ma 205, mon appartement, ma personne !!
La gestion des déchets
Et maintenant, que faire des déchets nucléaires ? Lors du documentaire diffusé sur ARTE en octobre 2009, il est dit que le « recyclage » [sic] des déchets nucléaires envoyés à La Hague génère :
• 4 % de déchets ultimes (ils sont stockés)
• 1 % de plutonium
• 95 % d'uranium dont seulement 10 % sont enrichis (et donc renvoyés dans nos centrales) ; les 90% restants étaient jusqu’à un an ou deux (depuis, je ne sais pas) gracieusement stockés en Sibérie, dans des containeurs à l’air libre.
Une fois de plus, de nombreux scientifiques compétents (je suis sérieux) réfléchissent à comment les stocker. Une solution serait de les stocker sous terre dans des réservoirs étanches. Oui mais combien de temps resteront-ils étanches ? Un risque supplémentaire à gérer, joli cadeau pour les générations futures.
La science toute puissante à grand renfort d’argent public
Nous avons la fâcheuse tendance à être persuadé que la Science permet de relever tous les défis du siècle, à commencer par la satisfaction d’un besoin énergétique toujours grandissant.
« Mais maintenant, c’est sûr, finie la fission, on a la solution avec la fusion nucléaire ! » Exemple donc avec la fusion (cf. intervenant de rentabilité économique – ENSAM 2010)
• ITER : prototype dont l’objectif est de générer de la fusion nucléaire pendant 500 secondes. Période : 2010-2030. Budget d’environ 10 milliards d’euros + 10 d’exploitation
• Ensuite vient la phase de démonstration de la faisabilité d’une production « industrielle » de l’énergie : 2040-2060 pour un budget de 20 milliards d’euros.
• Première pré-série attendue entre 2070 et 2090
• Production commerciale ensuite
Nous engageons donc des sommes astronomiques d’argent (majoritairement public, à confirmer), sur des résultats hypothétiques (je n’ai pas dit que ça ne marchera pas) qui de toute manière surviendraient à la fin du siècle. Nous ne sommes pas tous égaux face aux réductions budgétaires (cf. la filière photovoltaïque sacrifiée en début d’année).
Par ailleurs, il est courant de dire que l’électricité française est bon marché. Certes, cela ne fait nul doute si on compare les factures d’électricité. Ceci est pourtant à nuancer car :
• La R&D ayant accouché de la technologie nucléaire actuellement disponible a été financée par les budgets de la Défense lors des décennies d’après-guerre donc par nos parents ;
• Le coût de démantèlement des centrales à venir n’est pas inclus dans le prix payé par le consommateur ;
• La R&D actuelle est supportée par nos deniers, le sera par ceux de nos enfants, petits-enfants…
Une industrie de l’opacité
Le 28 Mai 1959, l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) et l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) signent un accord référencé “WHA 12-40” depuis lequel l’OMS s’interdit toute autonomie d’initiative et de moyens pour protéger les populations des contaminations radioactives.
Les pays nucléarisés ne disposent pas tous d’organisme indépendant comme le CRIIRAD (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité, en France) dont le discours ces jours-ci tranchent avec le discours officiel auquel se remettent entièrement les Japonais.
A l’heure où je relis ce document, je tombe sur cet article du Monde sur l’accident japonais :
Le 7 février, un mois avant le séisme et le tsunami qui ont endommagé la centrale nucléaire de Fukushima, l'agence de régulation nucléaire japonaise a autorisé le maintien pendant 10 années supplémentaires du plus ancien des six réacteurs de la centrale, malgré des avertissements concernant sa sécurité, a révélé lundi 21 mars le New York Times. […] Une dizaine de jours avant la catastrophe, Tokyo Electric Power (Tepco) avait remis un document aux autorités dans lequel il reconnaissait avoir faussé les données des registres de contrôle. L'entreprise avait précédemment assuré avoir vérifié une trentaine de pièces, avant d'admettre qu'elle n'en avait rien fait.
http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/03/22/nucleaire-le-japon-avait-ete-alerte-d-irregularites-a-fukushima_1496991_3244.html#ens_id=1493258
Ne parlons pas du nuage qui s’arrête à la frontière.
L’absence de débat en France sur le sujet est impressionnant (cela change depuis l’accident au Japon). Sarkozy a d’ailleurs été clair lors du Grenelle de l’Environnement : la condition sine qua none à l’ouverture des débats a été de ne pas parler de la question nucléaire. Hallucinant de vouloir aborder les questions de réchauffement climatique et d’énergie en occultant cette question.
Impossibilité de satisfaire un besoin d’énergie toujours plus grand
Une chose est certaine, plus les années passent, plus la demande en énergie et donc en électricité augmente. Ceci s’explique par le paradigme de la croissance à tout prix jumelé à l’élasticité de l’intensité énergétique dans les économies de marché :
Chaque pourcentage supplémentaire de croissance du PIB implique une augmentation de 0,75 % de la demande d'énergie primaire dans les pays développés (1 % dans les pays en développement)
 La sacro-sainte croissance est donc source d’augmentation de la consommation en énergie dans les pays émergents comme dans les pays développés.
Le nucléaire ne pourra répondre à cette hausse de la demande mondiale en électricité car le parc existant ne sera pas renouvelé entièrement :
• compte tenu de l'âge moyen des réacteurs actuellement en exploitation, pour que le parc nucléaire mondial soit en 2025 à son niveau actuel, il faudrait non seulement que la totalité des 52 chantiers en cours soit achevée mais aussi que 216 nouveaux réacteurs soient construits d'ici là (i.e. un nouveau réacteur raccordé au réseau tous les 19 jours pendant la période 2015-2025) [Sortir du nucléaire, avril 2010]
• Mais ni l'AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) ni l'AIE (Agence Internationale de l’Energie) ne montrent comment les "obstacles importants" [délais de construction avec les risques inhérents, processus interminables pour l'octroi de licences, pénurie de main d'oeuvre, problèmes des déchets, danger de prolifération et opposition locale] pourraient être surmontés pour justifier les projections impressionnantes. [Manière de voir, janvier 2011]
Le nucléaire n’étant pas voué à se développer outre mesures dans les années à venir, les énergies renouvelables (EnR) n’allant bien sûr pas sauver la planète, le 21e siècle sera sans doute et tristement le siècle du charbon (la Chine en a énormément) ainsi que celui des pétroles et gaz non conventionnels devenus économiquement exploitables (de par la déplétion du pétrole conventionnel) mais désastreux pour l’environnement.
Autres points
Le nucléaire ne peut répondre à lui seul au changement climatique le secteur de l’électricité ne génèrant qu’une « petite » partie des émissions mondiales de gaz à effet de serre (24.9 % en 2005 pour le poste électricité + chauffage, cf. World Resources Institute). De plus, le nucléaire n’est pas amené à se développer outre mesure dans le monde (cf. section précédente).
Peu d'emplois créés au regard de l’investissement. A titre de comparaison, en 2008, les EnR auront créé plus de 70.000 emplois. En 2012, l'ADEME estime à 350.000 le nombre d'emplois créés par ces EnR. En comparaison, l'industrie nucléaire n'aura créé que 100.000 emplois en 50 ans.
Le nucléaire civil, prolifération de l'arme nucléaire. Le TNP (Traité de Non Prolifération) est-il efficace ? Rappelons qu’en décembre dernier, Sarkozy est allé promouvoir nos centrales nucléaires en Inde, alors que ce pays n’a pas signé le TNP. L’intérêt économique prévaut une fois de plus sur l’intérêt général.
Une dépendance énergétique somme toute relative. Sept pays fournissent 90% de la production mondiale en Uranium (Canada, Australie, Russie, Niger, Namibie, Kazakhstan et Uzbekistan). L’exportation de nos déchets peut également être considérée comme une sorte de dépendance.
La sortie du nucléaire en France
Les arguments précédents me font affirmer qu’il n’est pas raisonnable voire qu’il est irresponsable de promouvoir le nucléaire civil. Le fait est que la France (et d’autres pays) a développé son mix énergétique sur ce modèle.
Pouvons-nous nous en passer à l’heure actuelle ? Non.
Pouvons-nous réfléchir et proposer des solutions pour en sortir ? Oui !
Pour info, hier, les défenseurs de la Taxe Tobin étaient traités de staliniens ; aujourd’hui, la taxe est discutée à l’échelle européenne… Ne nous interdisons pas à réfléchir à des solutions de sortie du nucléaire. « There Is No Alternative » scandait Thatcher dans les années 70-80. « Yes There Is ! » aimerais-je lui répondre.
Bonne nouvelle ! Le débat sur la sortie du nucléaire est lancé en France (le débat uniquement). Il y a moins d’un mois, le sujet était tabou (cf. le Grenelle). Il aura donc fallu une catastrophe à l’autre bout de la planète pour lancer le débat – j’y pense, demain mercredi arrive sur la France le nuage en provenance du Japon mais ce n’est pas dangereux nous rassure-t-on.
Rappelons que plusieurs types de production sont nécessaires afin d’assurer l’équilibre permanent entre production et consommation (stocker l’énergie électrique est encore difficile et coûteux), comme le montre la figure ci-dessous :

• la base, via les centrales hydrauliques au fil de l’eau (sur le Rhône par exemple) et les centrales nucléaires qui fonctionnent quasi tout le temps (5000 à 6000 heures sur les 8760 annuelles) ;
• la semi-base (classique) via les centrales au charbon et au fioul qui fonctionnent environ 3500 heures par an ;
• la pointe (quelques centaines d’heures par an) grâce aux centrales hydrauliques et autres turbines à gaz qui peuvent répondre à un ajustement de demande en moins de 15 minutes.
Tout le débat tourne donc autour de la capacité à substituer la base (produite en France par le nucléaire) par une autre source d’énergie, qui plus est non émettrice de gaz à effet de serre (GES), principalement le CO2.
Pour information, les EnR en France ne peuvent participer à cette base ; cela serait possible avec la grosse hydraulique (exemple en Norvège où 100% de l’électricité est renouvelable) mais la France a atteint sa capacité max et de plus la grosse hydraulique n’est pas exempte de tout reproche environnemental et social (exemple le barrage des Trois Gorges en Chine).
Les pays pas ou moins nucléarisés ont recours au charbon par exemple pour assurer cette base. Ils sont donc nettement plus émetteurs de GES. En cette période d’urgence climatique, difficile donc de scander « la sortie du nucléaire ! un point c’est tout !! » ; cela n’a franchement pas de sens.
Les scénarios proposés depuis quelques années quant à la sortie du nucléaire en France divergent sur le temps de sortie :
• 5-10 ans pour les plus optimistes avec arrêt des centrales (réseau Sortir du nucléaire) ;
• non prolongation des centrales existantes correspondant à une production nucléaire nulle en 2040 (institut Négawatt).
Sans doute la solution est ailleurs ; je n’ai pas la réponse.
Quoi qu’il en soit, je pense que l’urgence se situe à 2 niveaux :
1/ Il est indispensable de freiner cette boulémie énergétique car il sera toujours plus facile de se passer d’une électricité qu’on ne consomme pas.
Il est facile de l’écrire, nettement moins de le réaliser. Exemple sur la réglementation thermique dans le secteur du bâtiment neuf où les « experts » ont constaté une augmentation de la demande en électricité ; l’explication est que dans ces bâtiments neuf, mieux isolés, il est dorénavant plus rentable de se chauffer à l’électrique qu’avec un réseau de chaleur…
2/ La deuxième urgence est à mon avis de cesser les investissements exorbitants du nucléaire afin de les préempter et :
• préparer le réseau électrique français à son passage « centralisé (autour des grosses centrales peu nombreuses) vers décentralisé » (de nombreuses centrales moins grosses) ;
• insuffler une dynamique de R&D sur les problématiques de production (cogénération par exemple), de stockage (les projets sont aujourd’hui dans les placards faute de financement), et tout ceux que j’oublie.

J’ai tout de même envie de conclure en affirmant qu’il faut en parallèle oser remettre en question notre société consumériste (donc énergivore), individualiste, xénophobe (hausse à prévoir avec le nombre de réfugiés climatiques qui va malheureusement augmenter dans les décennies à venir) et donc SE remettre en question.

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