les trois ordres
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les trois ordres

l'humain, composé organique hautement improbable de corps, de pensée et d'âme
 
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MessageSujet: rencontre   rencontre Icon_minitimeMer 19 Nov - 14:41

j'aime célébrer des funérailles, non pas parce que je suis morbide (du moins j'aime à le penser!), mais parce qu'elles ont toujours été pour moi l'occasion de rencontres très vraies et exceptionnellement profondes; voilà par exemple la dernière rencontre qu'elles m'ont offerte, celle de Bernard.
Son nom est Bernard BAJARD. Son nom, BAJARD, le rattache à ceux qui lui ont donné la vie, et, avec la vie, des freins et des atouts comme on dit dans les séminaires de management, d’analyse de groupe et de comportementalisme, bref tous les séminaires à la mode (les tartes à la crème sont les plus alléchantes, les plus propres à « entartrer » et à s’étaler). Son prénom, Bernard, souligne son côté secret et enflammé, autrement dit mystique.
Il vient de quitter la vie comme on quitte une pièce dont l’atmosphère est devenue trop lourde, et sa sœur Françoise se charge de tout, comme d’habitude. Je ne connaissais de lui que son visage « croisé » dans la rue, assez particulier pour laisser en moi une trace, puisque je le reconnais sur la photo que me tend Françoise, lorsque je lui demande à quoi il ressemblait : il avait son atelier impasse de la Paix et mon bureau est rue de la Paix. Ne voulant pas de funérailles trop religieuses, elle a été dirigée vers moi par les Pompes Funèbres Argaud, et nous sommes assis face à face, de chaque côté de Bernard (définitivement absent et présent) qu’elle me raconte.
Elle me le raconte avec tant d’amour, que j’ai le sentiment de le connaître aussi bien que si nous nous étions longtemps fréquentés ; c’est un peintre bien connu et reconnu, « mondialement à Saint Etienne », un peu comme moi sur un autre plan !
Nous nous quittons en nous donnant rendez-vous pour la célébration fixée au surlendemain, et elle me confie un petit livret où un philosophe (qu’importe son nom) a rapporté son interview de Bernard BAJARD. Je lis ce petit livret où Bernard, poussé par son interlocuteur, parle de son art, et, d’abord, je ne comprends rien ! C’est que je cherche à imaginer les techniques qu’il décrit, moi qui, en dessin, ne suis pas allé plus loin que la plupart des mortels ! Alors, je fais abstraction de tout le côté technique, et, dans « sa recherche du Beau » telle qu’il en parle, je retrouve instantanément, émerveillé, deux conditions essentielles de « ma recherche du Bon ».
La première est la fameuse notion d’ « organe-obstacle » que j’ai glanée chez Jankélévitch, qui est sous jacente à toute l’histoire de la pensée et qui me parle particulièrement aujourd’hui. Bernard dit dans cet interview combien le fait non seulement d’accepter les règles et les contraintes de l’art (peinture, sculpture, modelage etc.), mais encore de s’en fixer, de s’inventer des obstacles, l’aide à progresser, comme dans un jeu où précisément chacun joue avec les règles, surmonte les obstacles, et même s’en sert comme tremplins pour avancer. C’est l’image du sauteur qui utilise la pesanteur pour vaincre la pesanteur, quand, de son pied d’appui, il s’élance vers le haut. C’est le même ressort qui permet d’aimer en vérité ! Pour s’envoler dans le ciel de l’amour, il ne s’agit pas de nier son égoïsme, de le refouler, pour aimer tout le monde et vingt quatre heures sur vingt quatre, comme on m’a appris à le faire, ou comme l’a fait Sœur Emmanuelle si l’on en croit ses commentateurs et récupérateurs de tous bords : on ne s’envole guère qu’en rêve, dans le paradis illusoire de la toute-puissance, reportée ou non sur un autre ! Il s’agit bien au contraire de peser de toutes ses forces et de toute son âme, et surtout de tout son égoïsme sur les infimes choix quotidiens, pour, qui sait, s’élancer instantanément hors de l’espace et du temps vers l’amour qui, lui, est universel.
J’ai écrit « instantanément » et c’est la deuxième condition de l’amour que je retrouve dans la création artistique telle que l’exprime Bernard BAJARD, l’instantanéité et la gratuité ! L’acte créateur comme l’acte d’amour survient instantanément et gracieusement, comme hors du temps, après une longue et laborieuse approche dans le temps : il surprend le chercheur, esthétique ou éthique, ou plutôt il ne le surprend pas puisque celui-ci est tout éveil, toute tension vers lui, toute attention à lui, mais il le comble au-delà de toute attente et de toute recherche, pour disparaître aussitôt qu’apparu… comme le sauteur qui se retrouve aussitôt par terre, sur ses pieds dans le meilleur des cas.
D’abord, il n’y a pas lieu de s’étonner mais bien de s’émerveiller de ces profondes résonances entre création et amour, pour nous qui, élevés dans une société judéo-chrétienne, avons été bercés par cette affirmation : « Dieu est Amour ». Nous avons donc assimilé avec le lait maternel que « Création égale Amour » et que « Amour égale Création », puisque Dieu est défini universellement comme Créateur, chez les athées comme chez les religieux ! Ces résonances ne sont donc que l’illustration de ce que nous savons depuis toujours !
Mais je suis particulièrement heureux de cette confirmation inattendue d’une intuition philosophique qui, transmise par la grâce de Jankélévitch écrivant à moi lisant, m’a ressuscité, moi qui était mort à la foi de mon enfance ! Je l’exprimerais ainsi : un humain est un animal qui appartient à un groupe (société parfois) humain construit autour d’une symbolique, c’est-à-dire d’un ensemble de signifiants qui permet à chaque individu et au groupe rassemblé de penser (de lire, d’exprimer) son propre « être au monde ». Ce groupe peut être de sportifs, d’artistes, de joueurs d’échec, de croyants, de scientifiques, de pêcheurs à la ligne, de collectionneurs de fers à repasser, de voyous, de motards, etc. ; il a toujours ses propres codes, son langage, ses façons et ses manières (sa sémantique, mais laissons ce mot savant aux savants !) ! Et bien, j’ai expérimenté pour moi dans le « groupe religieux », et je vérifie pour Bernard dans le « groupe artiste » l’intuition suivante qui me tient lieu désormais d’acte de foi : tout humain est prisonnier de l’idéologie du groupe dans lequel il est né et a grandi, et il ne peut s’en échapper pour s’envoler vers l’universel mystérieux ou vers le mystère universel qu’en creusant le sol de cette prison, qu’en grattant ses murs. Je développe cette intuition en deux propositions. Primo, tout humain doit d’abord réaliser qu’il est dans une prison, dorée certes, qui lui a permis de grandir au chaud certes, mais une prison tout de même et dont il doit s’évader s’il veut devenir humain. Deusio, après l’avoir compris, il doit en faire le tour, et le tour, et encore le tour, jusqu’à la connaître à fond et savoir à quel endroit précis du mur il doit gratter et dans quelle direction il doit creuser son tunnel. Tertio, à partir de ce moment-là, il doit mettre toute son énergie et toute son intelligence et toute sa vie à ce travail de fourmi… Alors mais alors seulement, il débouchera instantanément dans la lumière pour toucher au mystère. L’instant suivant, il découvrira qu’une autre prison s’est refermée sur lui, mais il gardera cet instant comme une brûlure, une caresse, une magie, un désir fou, un « je ne sais quoi », … et il se remettra à l’ouvrage pour creuser et s’évader, avec l’ardeur infiniment accrue de qui a déjà entrevu la merveille indicible qui dépasse toutes les merveilles au monde !
Deux tentations menacent l’humain sur la route de son humanisation. La première est de se résigner à sa prison dorée, ou de faire comme si le monde se limitait à sa prison : c’est la fameuse caverne de Platon qui a fait le tour du monde sans réussir à donner à tous les hommes le désir de prendre le large… ou la tangente (puisque, comme dit Jankélévitch, le premier ordre, celui de la transcendance, ne nous est pas accessible sinon par tangence). La seconde est plus pernicieuse, plus maligne, portée par les chants d’une sirène ou les insinuations d’un serpent : c’est se croire définitivement libéré à la première sortie, se prendre pour un oiseau au premier saut de puce, faire le visionnaire après la moindre entrevision, jouer les gourous et les directeurs spirituels à la plus humble révélation ! Bref la seconde tentation est de retomber dans la première … après l’avoir déjouée ! C’est une tentation au deuxième degré… et il peut y en avoir à tous les degrés, à l’infini, nous en sommes tous témoins pour peu que nous disposions d’un bon miroir !
La grande chance par contre est que cette humanisation est offerte absolument à tous les humains sans distinction, puisque, sur cette route infinie, aucun groupe n’est en avance sur un autre : le ciel est aussi haut en haut des Alpes qu’au bord de la mer, et le nageur peut y être transporté aussi mystérieusement, instantanément et gracieusement, que l’alpiniste !
L’interview de Bernard prouve que, dans le groupe des artistes, il avait « gratté » (au deux sens du terme) au bond endroit et avec assez de force, et qu’il avait entrevu la lumière parfois ! Je pense, mais c’est une hypothèse, que celui qui a entrevu la lumière supporte de plus en plus mal de retomber dans la grisaille quotidienne des occupations, des compromis, des intérêts trop bien compris et des bonnes consciences tranquilles ! Jésus lui-même n’a-t-il pas « donné sa vie », ce qui peut être compris comme une sorte de suicide : tous les textes montrent qu’il sait pertinemment qu’à Jérusalem il va être mis à mort, et il ne peut faire autrement que d’y aller ! Le suicide n’est-il pas ainsi parfois le seul acte libre qui reste à celui qui ne peut plus vivre sans la lumière ?
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MessageSujet: pour poursuivre et conforter l'idée   rencontre Icon_minitimeJeu 27 Nov - 19:06

La semaine passée, je terminais mon texte « ethiq-esthetiq » sur les liens étonnants découverts entre éthique et esthétique par la phrase encore plus étonnante : « Le suicide n’est-il pas ainsi parfois le seul acte libre qui reste à celui qui ne peut plus vivre sans la lumière ? ». Une telle phrase tirée de son contexte a, en effet, de quoi surprendre et même choquer. Mais outre le fait que l’électrochoc a pu être et peut encore être considéré dans certains cas comme un remède ou moindre mal, je dois me défendre en attirant l’attention sur ceci : l’affirmation « les bœufs ne se suicident en général pas » n’est pas du tout équivalente à cette autre « tous ceux qui ne se suicident pas sont en général des bœufs » ! Pour mettre les points sur les « I », la phrase qui conclut mon texte n’induit pas le moins du monde que tous ceux qui ont entrevu La Lumière doivent nécessairement se suicider… pour le prouver !
Cette mise au point étant faite, je peux appuyer cette phrase sur une nouvelle expérience qu’il m’a été donnée de vivre cette semaine… en accompagnant la famille d’un autre suicidé (qui n’avait pas lu mon précédent texte !). Une semaine après le suicide de Bernard évoqué dans le dit texte, j’ai été contacté par les Pompes Funèbres pour accompagner un autre suicidé ! Il s’agissait, cette fois encore, d’un homme brillant, populaire, parmi les meilleurs urologues sur la place de Saint Etienne, jazzman, rugbyman, amateur de philosophie et de culture en général. La rencontre avec les proches a été comme toujours très forte, mais je ne veux en retenir que ce qui est en rapport direct avec ma phrase, ô combien choquante, « Le suicide n’est-il pas ainsi parfois le seul acte libre qui reste à celui qui ne peut plus vivre sans la lumière ? ».
Après avoir évoqué avec émotion la personnalité très riche de l’homme qu’ils aimaient et qui tragiquement les abandonnait, à ma demande, ils ont commencé à partager les « matériaux » qu’ils aimeraient faire figurer dans la célébration. Entre autres, est venu sur la table le fameux texte de Saint Paul aux Corinthiens. S’il y a au monde un texte susceptible de « dire l’indicible lumière », c’est celui-ci, et je le dis en toute objectivité, n’ayant par ailleurs que des reproches très graves à formuler à l’encontre de ce Paul qui a transformé le message de libération vis à vis de la religion porté par Jésus en une nouvelle religion asservissante ! J’en ai d’ailleurs eu la confirmation pendant mes vingt cinq années de prêtrise : plus de quatre vingt dix neuf pour cent des jeunes, très loin de la religion est-il utile de le préciser, choisissent ce texte pour leur célébration de mariage. Une violente discussion a eu lieu autour de la présence de ce texte dans la célébration, alors que la rencontre avait jusque là été emprunte de gravité et de souffrance contenue.
Un ami très proche de François, qui se considérait comme son frère jumeau, tenait à sa présence, affirmant qu’il avait tenu une très grande place dans sa vie ; son père, psychologue à la retraite, le rejetait absolument, affirmant qu’il avait tenu une trop grande place dans sa vie, que ce texte était au centre d’une espèce de folie mystique qui avait conduit son fils au suicide ! Voilà bien la preuve en creux que ce père plongé dans une souffrance atroce partageait très lucidement mon point de vue : La Lumière, celle entrevue par le plus grand nombre en général et par François en particulier dans ce texte justement nommé « Hymne à l’Amour », avait été au centre d’une dynamique morbide qui avait conduit son fils au suicide !
Dès lors que ce point de vue est partagé, trois positions sont possible :
1. La plus facile et, malheureusement, la plus répandue, est de mettre soi et ceux qu’on aime à l’abri d’une Lumière aussi dangereuse. Cela se fait de deux façons apparemment opposées, mais qui, en réalité, ont la même fonction protectrice : soit en domestiquant ou institutionnalisant cette lumière et ça donne la religion (pas étonnant dès lors que Saint Paul, celui qui a été renversé sur le chemin de damas par cette lumière, soit aussi celui qui a fondé la religion chrétienne !), soit en la niant ou refoulant, et c’est l’humanisme, le scientisme, le psychologisme et autres immanentismes qui ferment l’horizon de l’humain à ce qui en est vu et à ce que les progrès de la science peuvent en promettre ! Les deux conduisent à la réduction de l’humain au second ordre du raisonnable et du bonheur bourgeois… ou bovin pour atteler les bœufs de nouveau.
2. La seconde, heureusement rare, et malheureusement en progression, est la recherche obsessionnelle de cette Lumière, en opposition à la grisaille du quotidien, de cet Amour en opposition au mélange d’amour et d’intérêts bien compris de notre milieu ambiant, de la Vérité pure en opposition aux compromis et aux malentendus si bien entendus ! Elle aboutit à la fuite de ce monde et de ce quotidien, c’est-à-dire au suicide.
3. La troisième est celle que m’a offerte Jankélévitch et d’autres avec lui : c’est l’attention aux « apparitions disparitions » de cette Lumière, de ce pur joyau, de ce trésor aérien, au cœur même de nos médiocrités douillettes et tièdes : c’est la voie humaine par excellence, voie ô combien étroite, sableuse et malaisée comme le dit Jésus… ou La Fontaine !
Le jeudi 27 novembre 2008
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MessageSujet: petit rectificatif   rencontre Icon_minitimeLun 1 Déc - 17:46

se relire, c'est forcément s'exposer à l'instisfaction et à la correction, et à la correction de cette correction etc... je ne veux pas entrer dans cet engrenage et "ce qui est écrit est écrit!", autrement dit il convient d'assumer ses actes et ses paroles avec leur ambiguité qui tient à notre "intermédiarité" humaine! cependant une récente discussion avec ma mère me pousse à rectifier la fin de mon écrit précédent. j'écrivais que la 2ème solution offerte à celui qui a entrevu la lumière était "la recherche obsessionnelle de cette Lumière, ... et aboutissait à la fuite de ce monde et de ce quotidien, c’est-à-dire au suicide". Cette dernière ^partie de la phrase "c'est-à-dire au suicide" est fausse et mensongère! En effet "la fuite de ce monde et de ce quotidien" peut emprunter bien d'autres chemins beaucoup plus fréquentés, parce que moins tragiques apparemment: l'alcool, la drogue, la secte, le groupe fermé, le clan ou la prière (puisque ma mère était ébranlée par l'adoration perpétuelle dans laquelle baignait une religieuse!)... sont des formes de suicide plus civilisées, mais aussi, moins radicales. La fuite du monde y est moins efficace et le monde risque à tout instant de revenir avec ses soucis, ses compromis, ses petitesses, mais aussi sa dignité et cette lumière entrevue toujours à entrevoir!
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MessageSujet: Re: rencontre   rencontre Icon_minitime

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