les trois ordres
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les trois ordres

l'humain, composé organique hautement improbable de corps, de pensée et d'âme
 
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 c'est vraiment une journée banale...

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MessageSujet: c'est vraiment une journée banale...   c'est vraiment une journée banale... Icon_minitimeMer 28 Nov - 13:54

1. Une journée parmi tant d’autres
Le soleil perçait à peine à travers les vieux volets en bois. Réveillé, Marc contemplait le plafond de la chambre, s’efforçant de trouver un ordre rassurant dans l’agencement des lambris. Sous combien de plafonds à lambris as-tu vainement cherché le sommeil ? Y a-t-il un plafond sous lequel tu ne te sois pas prêté à ce jeu stupide ? Ça ou compter les moutons, deux trucs aussi idiots qu’inefficaces pour s’endormir ! N’empêche que ça occupe bien quand le temps se fait long, trop long. Oui mais les moutons qu’on compte, c’est purement imaginaire alors que, les lambris, c’est du concret, du palpable, du visible sur lequel on peut compter ! Et puis les moutons se suivent bêtement et uniformément, tel un flot lisse et inéluctable, sans aucune aspérité où accrocher un discours, alors que les lambris, y’en a pas deux qui se ressemblent, de par leur texture ou leur position. Et cependant ils présentent assez de similitudes pour élaborer des relations, des lois, des histoires raisonnables sur la croissance des arbres, la coupe des lambris, leur pose… ! Ça donne à penser, alors que les moutons ! Bon d’accord, mais ta pensée ne s’élève guère au-dessus du plafond : elle plafonne ! Ouais ! Mais ça repose bien de toutes les questions qui tourbillonnent dans ma tête sur la destinée, la vie, la mort, le pouvoir, l’injustice, j’en passe et des meilleures ! Là, au moins, pas de doute métaphysique !
C’est ainsi que, souvent, trop souvent, Marc commençait ou terminait sa journée, qu’il passait lentement du sommeil à la veille, ou l’inverse, en raisonnant sur les lois qui gèrent le destin des lambris, à défaut d’en trouver pour les autres choses.
Ce jour-là, il ne travaillait pas et, quand il disposait ainsi de son temps, il se sentait un peu angoissé. Il relativisait en pensant à sa femme qui dormait à ses côtés et à tous ceux et celles qui, toute leur vie, n’avaient pas eu la chance de bénéficier de ce cadre si rassurant du travail. Bien sûr ils s’en forgeaient un sur mesure, de cadre, mais aucune autorité divine ne venait l’officialiser, le contrôler, le bénir, le consacrer ! Ils étaient libres d’en prendre à leur aise avec leur cadre perso, libres de buller, de faire l’école buissonnière, de prendre la tangente, de farnienter, de filer à l’anglaise, de se suicider, de faire la fête, de ne rien faire, de se faire bronzer. Autant dire que ce cadre n’en était pas un !
Comme eux, aujourd’hui tout était permis à Marc, tout sauf d’arrêter le temps ! Et c’était bien là le problème. Comment allait-il occuper ce temps qui s’étalait devant lui, passer le temps sans le perdre, l’utiliser sans le gaspiller, en l’absence de toute consigne divine, de tout conseil scientifique ? Comment le tuer, ce temps qui commençait à s’amenuiser dangereusement, à se faire de plus en plus rare à mesure que passaient les années, ce temps qui allait bientôt tragiquement lui manquer ? Il faut dire que quand on vieillit, c’est tout qui, paradoxalement, devient comme ça, rare et encombrant à la fois ! « Beau et con à la fois… » : fredonna Marc en souriant, et, lentement, pour ménager son sempiternel début de lumbago, il se tourna sur le côté et se releva sur les fesses. Une petite étape dans cette position et il se dressa sur ses jambes, apparemment prêt à affronter la journée.
« Affronter la journée ? Quelle drôle d’expression ! » : pensa-t-il. Il sourit encore et décida de faire la paix avec cette journée, en la considérant comme une étendue vide ouverte devant lui, non plus menaçante, mais offerte. Prenant garde à ne pas faire de bruit car il était encore tôt, il se dirigea vers la cuisine pour faire le café. Une latte du parquet, toujours la même, grinça et automatiquement il se retourna vers le lit et y surprit le regard, mi-sommeil mi-sourire, de sa femme : le demi-sommeil acquiesçait par avance à l’excuse qu’il avait sur les lèvres : « Il est encore tôt et je t’ai réveillée ! » et le demi-sourire répondait par avance à la question qu’il avait sur les lèvres comme pour se faire pardonner : « Tu veux ton café ? ».
Réconforté, il poursuivit son avancée vers la cuisine et se mit en devoir de préparer le petit déjeuner. Pour ce rite, il accomplissait les gestes qu’il avait améliorés et ordonnés, jour après jour, en vue d’une efficacité maximum : il commençait par ouvrir le poste préréglé sur Nostalgie, histoire de revenir avec des chansons à l’époque où il se levait d’un bond et sans nostalgie aucune. Puis il mettait la cafetière en route avant de couper le pain de la veille pour le mettre dans le grille-pain. Pendant que le pain grillait, il disposait les bols et le sucre dans les bols. Puis il tartinait le pain, etc. En dix minutes, il prenait le chemin retour vers la chambre, portant le plateau qui était le message d’amour quotidien adressé à sa femme. Elle l’attendait, bien calée sur les oreillers ; il lui passait le plateau après avoir disposé sa part à lui sur sa table de nuit, et il l’embrassait. Puis il s’asseyait sur le lit et tous deux dégustaient en silence café au lait et tartines : seules parfois une ou deux petites phrases insignifiantes, style question-réponse, sur la nuit, venaient souligner plus qu’interrompre la communion des papilles. Jusque là tout était bien, réglé, ordonné, indispensable et inéluctable…
Mais après, Marc entrait dans l’inconnu, un inconnu peuplé d’incertitudes et de doutes ! Allait-il encore aujourd’hui réussir à éviter les pièges, circuler entre les questions, et, finalement, gérer l’insomnie chronique jusqu’au havre bienheureux de l’inconscience du sommeil ?
Il se concentra sur des problèmes immédiats : douche ou pas douche ? Il donna la préférence à l’écologie sur l’occupationnel et se lava sommairement. Il enfila le jogging et le polo de la veille, et alla dans le salon surfer sur Internet. Quelque chose était peut-être arrivée, capable de le sortir de cet ennui, de réveiller en lui quelque envie ?!
Dans le même temps, comme pour donner à la chose nouvelle une chance supplémentaire d’arriver, il alluma la télé. Elle s’ouvrit sur les émissions religieuses du dimanche matin sur « la 2 » : on était donc dimanche. Mais il savait que ce n’était pas là, dans la soi-disant « Bonne Nouvelle » qu’il serait surpris par quelque chose de nouveau : au temps où elle avait retenti en Palestine, proclamée par un vagabond, une sorte de « hippie avant l’âge », c’était vraiment du neuf. Elle dénonçait tout un système totalitaire basée sur une religion où tous devaient être au service de dieu et, donc, des chefs religieux ; elle remettait tout à l’endroit, dieu et, bien sûr, la religion au service des hommes et particulièrement au service des plus pauvres. C’était révolutionnaire, assez pour lancer sur des routes, à la suite de ce fameux Jésus, des hommes comme Marc résignés au désordre ! Mais comme toutes les révolutions, elle avait été récupérée. Le même Saül et ses collègues pharisiens avaient d’abord mis à mort le nommé Jésus, la tête de la révolution : ensuite, au lieu de laisser ses disciples réformer la religion comme leur maître l’avait voulu à en mourir, ils avaient construit sur Jésus lui-même une nouvelle religion encore plus puissante que la première ! Un modèle en matière de récupération : une seule chose avait changé, la première lettre du nom de Saül ! Depuis, la Bonne Nouvelle inversée par Paul, autrement dit sa Mauvaise Nouvelle, était ressassée de dimanche en dimanche par des gens qui, comme lui, avaient le droit pour eux et tenaient avant tout à le garder. En guise de révolution, ils voulaient surtout que rien ne soit touché à l’ordre qui leur allait si bien. Marc, qui trouvait que ça faisait plutôt désordre, prolongea sa pensée : « Comme si on pouvait trouver du neuf à la télé ! ». Et il referma aussitôt.
Sur le Net, mêmes discours convenus, mêmes sous-entendus bien entendus, mêmes signes d’appartenance et mêmes sourires intelligents.
Au fond, il ne s’attendait pas vraiment à trouver du neuf sur ces outils de communication qui, dans les mains des puissants, étaient le plus souvent des outils de distraction et d’intoxication et, dans les mains des pauvres, des moyens de reconnaissance. S’il les avait ouverts, c’était juste en désespoir de cause ! Il savait bien que les nouvelles se criaient aux carrefours des rues et sur les places publiques !
Et tout d’un coup, soudainement, la décision s’imposa à lui évidente, « araisonnable » plus qu’irraisonnable, dans le sens où aucune réflexion, aucun débat intérieur ne l’avait précédée, ni élaborée d’aucune manière ! Ce n’est pas lui qui prit la décision, c’est la décision qui le prit, de la tête aux pieds, entièrement, et l’emporta instantanément très loin de tout, y compris de cet instant de pur bonheur qu’était le rite du petit déjeuner en compagnie de sa femme.
Il ne prit rien, même pas son portable qui le suivait partout pour le ramener à la réalité d‘une sonnerie, même pas son chien qui le suivait comme un portable pour le rappeler à ses devoirs d’un regard éternellement fixé sur lui. Il lança en direction de la chambre : « Je vais faire un tour ! », ouvrit la porte, et partit tout droit, quittant tout, se quittant lui-même, lui et son sur-moi qui lui imposait depuis le départ de résister, de nager à contre-courant et d‘assumer. Il ne luttait déjà plus contre le temps, il le regardait couler, assis sur les bords de la rivière.
2. En route vers l’horizon
Il marchait sans autre but que de marcher, quitter la routine, la lutte contre le temps qui passe avec le sucre qui fond dans la tasse. Il avait vu cela au cinéma jadis ; il avait été ravi par Forest Gump, ce ravi qui, pour passer le temps et parce qu’il aimait ça, courait d’un bord à l’autre de l’Amérique. Tous les « sans cause » s’étaient ralliés à lui alors que les journalistes voulaient absolument lui en coller une sur le dos. Un beau jour il s’était arrêté comme il avait commencé, sans cause, et tous les « sans cause » qui le suivaient s’étaient retrouvés orphelins ! « Sauf que toi, tu n’es pas au cinéma, tu n’es pas un superman même simplet, et tu ne vas pas courir ! Seulement marcher et t’arrêter chaque fois que tu en auras envie, pour discuter avec une fleur, caresser un chien ou cueillir une rencontre humaine ! ».
Il ne s’était pas senti si léger depuis longtemps. C’était comme s’il s’était débarrassé d’un énorme sac à dos, de ces espèces d’immeubles, portés par des hommes troncs, qui semblent marcher tous seuls ! Lui n’avait pas emporté sa maison avec lui, et il était léger comme un oiseau.
Il se sourit à lui-même en suivant le dédale des rues qui, sans égard pour ses résolutions, le forçaient à déroger d’entrée de jeu à la règle qu’il s’était fixée d’aller « droit devant » ! Il remarqua avec satisfaction que c’était la première fois que le manquement à une règle le faisait sourire sans aucune arrière-pensée de marginalité, et il se dit que c’était un bon début.
Il ne rencontra personne, comme si les gens s’étaient donné le mot pour ne pas le détourner de son chemin. Bientôt il atteignit les confins du village, et, en les dépassant, il ressentit une exaltation extraordinaire, quelque chose comme la sensation de toucher déjà à une terre promise, d’accoster sur un nouveau continent.
Il réalisa soudain que c’était l’été : il réprima un frisson rétrospectif et félicita son inconscient ou du moins l’instance qui, en lui, avait pris la décision sans même lui en parler, d’avoir choisi cette époque. Bref ! Il se félicita lui-même tout entier. Peut-être d’ailleurs que tu n’as rien choisi du tout et que tu as juste eu de la chance de tomber dessus ! Qu’importe !
A l’amorce d’un virage, il quitta la route et s’engagea résolument dans un sentier qui montait tout droit. Des signes de toutes les couleurs montraient qu’il était multi-balisé, reconnu comme un bon chemin par une foule de sociétés et de sociétaires, de marcheurs, de vélocipédistes, de pèlerins de St Jacques ou d’ailleurs, de coureurs de fond, d’adeptes du MotoCross, etc. Mais, pour une fois, ça ne la rassura pas. Qu’ai-je besoin d’être rassuré sur la direction prise, sur le chemin du retour à la maison, vu que je marche tout droit et que je ne rentre pas à la maison ni ce soir ni demain ni après-demain. Cette pensée le rendit fier : il se sentait l’égal des indiens, des pygmées et autres aborigènes. Il n’avait plus besoin des autres. Si je rencontre quelqu’un, animal ou humain, ce sera une relation libre et gratuite, sans autre intérêt que l’échange, l’amitié et la tendresse. Mais ma compagne la plus chère est désormais la nature, si belle, si généreuse et si vivante. Et dans un élan, il s’adressa à elle : « Tu es ma mère immortelle ! ». Pour la 1ère fois depuis son départ, l’évocation de la femme le ramena à la réalité, à cette femme qui l’aimait et qui l’attendait déjà… et il sut qu’il reviendrait le soir-même, mais cette pensée ne l’attrista pas bien au contraire.
Il était onze heures lorsqu’il s’arrêta, un peu fatigué. Il remarqua alors qu’il avait emporté sa montre, cet instrument qui marquait toutes les secondes, les interminables secondes qu’il ne voulait plus compter. Il l’enleva et la suspendit délicatement au poignet d’un arbre en lui demandant pardon pour ce geste incongru : « Je sais bien que tu es au-dessus du temps et des lois, mais je ne veux pas jeter un si bel objet fait par l’homme. Je te le confie jusqu’au jour prochain où quelqu’un le récupérera à ton bras. ».
Puis il s’allongea sur le sol et se laissa aller. Ses yeux ne s’arrêtèrent pas au plafond et à son lambris bien ordonné ; ils traversèrent des milliards et des milliards de feuilles, de branches, de dentelles, de couleurs, d’ombres, et de nuages pour s’élever jusqu’au ciel bleu et s’y noyer.
Lorsqu’il se réveilla il n’avait pas vu le temps passer et, sans un regard à la montre que lui tendait l’arbre, il reprit sa route dans la forêt, accompagné par le chant des oiseaux. Il les regardait virevolter et, parfois, il dialoguait avec eux. Il les écoutait et comprenait le sens de leurs mélodies sans mots : alors il leur répondait en sifflant sur les mêmes airs et en y accrochant des sentiments de gratitude et des vœux de bonheur. Il était émerveillé par cette communion spontanée, et n’aurait pas été étonné qu’un de ses camarades à plumes vienne se nicher sur sa tête.
Le sentier déboucha sur un plateau et il sortit à la lumière. Il commençait à ressentir la faim et fit un large tour d’horizon, à la recherche d’un verger. Rien ne s’offrait à lui et cela aussi le fit sourire. Malgré les apparences irréelles, il ne tournait pas un film et les tableaux idylliques des tous les Robinson Crusoé de l’histoire du cinéma n’étaient pas pour lui. Heureusement que c’est la réalité et tant mieux si tu en chies parfois ; c’est la preuve que c’est bien vrai et que tu ne vas pas te réveiller, sortir d’une salle de cinéma ! Alléluia ! Vive la vie et merde à mon estomac ! Désormais, tu ne me dicteras plus ta loi ! Tu attendras mon bon plaisir ou ma chance !
Fort de cette résolution votée à l’unanimité moins une voix, celle de son estomac, Marc reprit sa marche vers l’horizon, tout droit.
Plus loin, il aperçut une ferme et décida de tenter sa chance. Tu viens de quitter ta vie douillette et déjà tu mendies : tu n’as pas honte! D’ailleurs, tu n’as pas aucune chance ! Tu ne portes encore aucun des stigmates de la route qui inclinent à la pitié ! Il se prit à espérer que dans le nouveau monde où il entrait, les gens ne marchaient pas seulement à l’intérêt, la peur ou la pitié, comme dans celui qu’il venait de quitter. De toute façon il était déjà trop tard : des chiens avaient donné l’alerte, et la cour intérieure s’était éclairée comme pour l’obliger à entrer, et il entra.
En haut de l’escalier de pierre qui menait à l’habitation, une silhouette s’était découpée et aboyait des ordres aux chiens. Ceux-ci mirent le temps à s’avouer vaincus et retournèrent à l’ombre, laissant Marc face à la silhouette. Il restait immobile, s’attendant au pire, quand une voix chaude sortit de la silhouette dans sa direction, lui souhaitant un vrai « bon soir », et il eut la sensation soudaine, rassurante et inquiétante à la fois, d’être attendu.
3. Première soirée dans le nouveau monde
Marc montait vers la lumière qui formait un halo autour de la silhouette. A chaque marche, les traits se précisaient : à la dernière, il fut à peine surpris de reconnaître le barbu qui lui souriait lorsque, en rêve, il prenait son envol du haut d‘une falaise ou du toit d‘un gratte-ciel.
Il se sentait en confiance, comme dans son rêve, quand il s’élançait. Il empoigna la main qui s’offrait à lui : « Bonsoir! Je m’appelle Marc.». Le barbu, gardant sa main dans la sienne, s’effaça en le poussant dans la pièce : « Entrez donc! Vous partagerez bien notre repas. ».
Sans un mot, Marc dégagea sa main et pénétra plus avant.
Une lampe à pétrole projetait sur les murs défraichis un spectacle d’ombres mystérieuses et familières à la fois : cet objet magique l’émerveilla, comme dans son enfance lorsqu’une panne électrique précipitait tout dans le noir et que, après un temps de recherche à tâtons et d’énervement, la flamme s’élevait derrière sa prison de verre, au-dessus d’un récipient en forme de lampe magique, couleur ambre, cet ambre jaune aux pouvoirs surnaturels, chargé de légendes et de mystères car il contient la 'lumière du monde'.
Autour de la table, deux têtes blanches étaient penchées au-dessus d’assiettes de soupe et émettaient à intervalles réguliers de grands « ‘slurp » : elles ne se relevèrent pas et Marc, loin de s’en offusquer, y vit une invitation à se sentir chez lui. Il s’assit devant une des deux autres assiettes fumantes, et son hôte fit de même. Ils se sourirent et rejoignirent avec plaisir le concert des « slurp ». Cette communion dura un instant, éternité suspendue au milieu de jamais nulle part. Marc releva la tête et croisa trois regards attentifs, pas curieux, juste bienveillants. Il leur sourit et dit simplement : « Merci ! ». Les trois regards s’illuminèrent. Puis les deux qui appartenaient aux têtes blanches s’éteignirent, se levèrent et se dirigèrent vers une porte derrière laquelle ils disparurent. Le troisième qui appartenait à la barbe s’éclaira : « Moi, c’est Pierre. Je suis content que ça vous ait plu ! Mes beaux-parents sont allés se coucher, mais, si vous n’êtes pas trop fatigué, nous pouvons prolonger un peu. ». Sans attendre la réponse, joignant le geste à la parole, Pierre s’était levé et avait tiré d’une antique armoire murale un morceau de fromage et un litre de vin qu’il déposait sur la table comme une offrande. Marc, ne voulant pas la rompre la magie de cet instant, se taisait, regardait. Avec les mêmes gestes sacrés, lents et précis, Pierre prenait le gros pain sur la table et en tranchait deux morceaux. Ayant rempli son office, il s’assit face à Marc et versa du vin dans les verres ; levant son regard et son verre vers son hôte, il dit : « Bienvenue Marc ! Merci pour ta présence qui, ce soir, éclaire notre demeure. ». Marc choqua son verre contre le sien, but une large rasade et dit : « C’est bon ! Dommage que tes beaux-parents ne soient pas restés ! ». « Ils ne vivent plus qu’au ralenti depuis la disparition de leur fille, ma femme Simone, il y a deux ans. La vie m’a lié à eux et c’est ainsi. Profitons de ce moment. »
Ils restèrent en silence un moment, aucun d’eux n’éprouvant le besoin de raconter… Quand le moment fut terminé, Marc demanda : « Puis-je utiliser mon téléphone pour appeler ma femme car il se fait tard et elle doit s’inquiéter ? ». Pierre se leva, alla décrocher le combiné d’un téléphone sans fil pour l’apporter à son hôte sans poser de question. Il ne semblait pas étonné d’apprendre que Marc avait une femme qui l’attendait quelque part dans une maison douillette… Marc composa le numéro et attendit ; au loin, la voix de sa femme sonna, heureuse : « Allo ?! C’est toi ? ». « Oui, mon amour, ne te fais pas de soucis ! J’ai été retenu chez un ami ! Mais je vais rentrer ! ». « Oui mon chéri ! Prends ton temps ! Je suis bien installée devant un film à la télé… Si tu veux rentrer demain… ?! ». « Non ! Non ! Je rentre tout à l’heure. Bisous ». « Bisous ! Je t’aime ! ».
Et Marc se réveilla dans son lit, sous le plafond en lambris, aux côtés de sa femme Simone…
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