les trois ordres
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les trois ordres

l'humain, composé organique hautement improbable de corps, de pensée et d'âme
 
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 le monde vivant et l'amour

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MessageSujet: le monde vivant et l'amour   le monde vivant et l'amour Icon_minitimeDim 11 Sep - 13:22

Une question m’occupe l’esprit depuis toujours … ou presque : est-ce que les animaux sont capables d’amour ? Cette question fait partie d’un ensemble plus vaste : les relations ambigües que moi, humain, j’entretiens avec moi, animal. Autrement dit, mon humanité et mon animalité en moi se complètent, et, comme toutes les parties qui se complètent, s’aiment et se haïssent tour à tour, selon qu’elles acceptent de jouer modestement leur rôle ou qu’elles veulent prendre toute la place. Ce dernier cas est hélas assez fréquent ! C’est mon humanité qui veut le monopole, et, pour cela, dénigre mon animalité, à l’instar de toute la tradition catholique préoccupée elle aussi par le monopole ! Ou alors c’est mon animalité qui dénonce mon humanité, à l’instar de tous les révoltés de notre société hypocrite, injuste et inhumaine, qui ne pensent qu’à se justifier et à se laver les mains. C’est pour échapper à ces deux travers que je tente ici d’y voir un peu plus clair. Cette analyse est le passage obligé pour réconcilier ces deux composantes de moi, et pour vivre autant que possible en harmonie.
L’église catholique, qui a veillé sur mon éducation, n’a rien fait pour dissiper les ambigüités, bien au contraire : il est bon, pense-t-elle que mes fidèles demeurent dans le brouillard, comme des « demeurés ». Pour l’enfant catholique que j’étais, ce qui, en moi, venait de mon animalité était mal, péché, sexe, égoïsme, contraire aux commandements de l’église et me rabaissait… vers le diable et son enfer de tourments éternels ; à l’inverse, ce qui venait de mon humanité, était bien, grâce, amour, partage, don du Christ et de son église et m’élevait… vers dieu et son paradis de délices sans fin. Je ne souligne pas cette vision manichéenne et simpliste de l’homme pour enfoncer l’église qui n’en a nul besoin, mais pour souligner l’écart entre mon point de départ, qui est celui de beaucoup d’européens de mon âge, et l’accomplissement auquel je veux tendre.
Jésus, lui, proclamait : « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres! ». N’étant plus adorateur du Christ, fidèle de l’église catholique, mais disciple de Jésus, le philosophe et poète, j’aimerais faire la lumière sur ce conflit intérieur, cette part d’ombre, qui m’empêche d’être moi-même, composé improbable mais bien réel et tellement riche d’animalité et d’humanité.
Je réaffirme, en introduction, le cadre de toutes mes réflexions, celui des trois ordres de Pascal, repris et actualisé par Jankélévitch. Je renvoie les lecteurs à tout ce que j’ai pu écrire . À ceux auxquels ces écrits paraissent rébarbatifs, qu’il suffise de lire cette citation de Pascal qui sera le point de départ de ma réflexion : « La distance des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité… ».
1ère question : l’animal est-il capable de franchir ces deux distances ?
1) L’animal a-t-il un esprit, ou bien est-il, à la différence de l’humain, incapable de conscience de soi ?
Je ne suis pas zoologiste distingué, spécialiste de l’étude des animaux, mais j’ai glané ça et là, dans quelques magazines, des informations qui donnent à penser que les animaux ne sont pas aussi bêtes que l’église, et tous les occidentaux à sa suite, le supposons. Nous exaltons leur instinct, mais c’est pour mieux leur refuser toute lueur de conscience.
Cette vision simpliste et manichéenne, conforme au récit biblique de la création, arrange bien les fondamentalistes, ceux qui croient que La Vérité est descendue du ciel, écrite dans la Bible ou le Coran par dieu lui-même, et interprétée une fois pour toutes par leur tradition religieuse, autrement dit ceux qui tiennent non pas à la recherche incertaine et douloureuse de la vérité, mais à la permanence tranquille et confortable de ce qu’ils croient être La Vérité.
D’autres civilisations, comme celle des indiens d’Amérique, ont depuis longtemps le plus grand respect pour nos frères animaux, même et surtout avec ceux qu’ils sont obligés de tuer pour survivre. Ils ne les considèrent pas comme des sous humains, à l’image de certains occidentaux qui se veulent modernes, ni comme des surhumains, à l’image d’autres occidentaux qui sont simplement déçus par les humains ! Dans ces civilisations, dès la naissance, l’enfant est guidé vers une relation interpersonnelle avec ces êtres différents, ces rivaux infiniment respectables dont ils ont besoin et que, parfois, ils divinisent, animaux, végétaux et forces naturelles. Qu’ils les adorent ou non, ils leur parlent, prouvant par là qu’ils leur attribuent tout naturellement une conscience, un esprit. Evidemment dans ce petit aparté « Qu’ils les adorent ou non » que je glisse en passant, j’exprime que je ne suis pas dupe : une des raisons qui poussent les religions à me détourner de mon animalité est de me tourner vers la seule vraie divinité, la leur, faisant de moi, du même coup, leur fidèle !
Pour revenir à notre monde occidental dans ce qu’il a de meilleur, à savoir la vraie science dans laquelle évolue l’honnête homme, des études poussées en psychologie cognitive expérimentale tendent à faire apparaître des liens entre conscience de soi et métacognition : en particulier, des expériences menées sur des animaux mettent en lumière chez eux une réelle conscience de soi, et donc, un esprit. Avec la modestie et l’humilité qui caractérise ces scientifiques, reconnaissons qu’il est délicat de définir un degré de conscience et que ce degré varie entre les différentes espèces, l’humain n’étant à cet égard qu’une espèce parmi d’autres. De plus, cette conscience étant multiforme, un seul degré de conscience n’a sans doute que peu de signification : ne dit-on pas de tel humain qu’il est intelligent pour ceci et stupide pour cela !
Qu’il nous suffise pour l’instant de savoir que notre conception occidentale chrétienne des animaux est dépassée : les animaux ne sont pas des corps vivants privés de réflexion, capables uniquement de réactions instinctives ou conditionnées. En tant qu’humains, nous sommes une espèce animale consciente parmi d’autres, et non pas des « animaux-corps » inconscients auxquels dieu, un jour aurait insufflé un esprit, rajouté une conscience pour les couper de leur animalité et se les aliéner.
2) S’il est capable d’esprit, l’animal est-il capable d‘amour ?
Nous avons franchi, en compagnie de nos frères animaux, la distance infinie qui sépare l’ordre des corps de celui des esprits. Essayons maintenant de franchir, toujours avec eux, « la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité3 ».
Qu’est-ce que la charité ? Je préfère demander la définition de la charité à Jésus plutôt qu’à l’église catholique, qui, au cours des siècles, l’a transformée en quelque chose de charitable et d’un peu dégoulinant ! Jésus affirme : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis… », et il sait de quoi il parle puisqu’il est « sur le point de » donner sa propre vie. Façon de parler d’ailleurs, qui ne doit pas cacher la réalité : des méchants le mettent en demeure de choisir entre renier tout ce qu’il a dit et conserver la vie ou maintenir ce qu’il a dit et la perdre.
Redisons rapidement l’archaïsme de l’église catholique en la matière. Elle vient tout juste de reconnaître que les femmes ont une âme ; laissons-là reprendre ses esprits avant de lui demander si les animaux en ont une, pour être capables d’amour.
Tournons-nous vers ceux qui aiment les animaux, suffisamment pour les considérer comme des êtres et non comme des biftecks sur pattes ou des souffre-douleurs domestiques. Que nous disent-ils ? Les gens du peuple aussi bien que les scientifiques , tous affirment que les animaux sont capables de donner leur vie pour procréer ou pour permettre « à leurs frères » de survivre. Par contre tous ont plus de mal à reconnaître que les animaux puissent se donnent la mort uniquement pour échapper à leurs conditions de vie. Le sacrifice, oui ! Le suicide, non ! Je sens bien là-dessous les préoccupations de notre chère église, interdisant le suicide comme étant péché mortel, contre nature, sur l’air : « Regardez les animaux proches de la nature : eux ne se suicident pas ! »7.
Quoiqu’il en soit, il apparait que, pour tous, scientifiques ou pas, le fait de donner sa vie existe aussi bien dans le monde animal que dans le monde humain. Seule diffère l’interprétation qui en est faite et qui va, de l’instinct à l’amour, du suicide à l’acte héroïque, du péché mortel à la sainteté. Cette interprétation n’est que le résultat de deux forces, qui n’ont rien à voir avec l’acte posé par l’être animal ou humain : l’idéologie de celui qui interprète et le degré de conscience qu’il accorde à l’être en question.
3) Tout n’est-il pas question d’interprétation ?
Prenons l’exemple universellement connu de Jésus.
Pour les uns, chrétiens traditionnalistes, Jésus donne sa vie à son Père auquel il obéit jusqu’à la mort, nouvel Adam rachetant l’humanité, condamnée depuis la désobéissance du premier Adam. Dans cette perspective, Jésus accomplit non pas un acte d’amour, mais l’acte d’amour par excellence, celui qui sauve le monde entier. Cet amour-là est définitivement hors de portée de toute créature, qu’elle soit humaine comme Jésus ou, à plus forte raison, animale. L’amour, par contre, est ramené à un acte d’obéissance, d’autant plus méritoire qu’il est fait dans l’incompréhension totale de ce qui est demandé. L’église met donc dans la bouche de Jésus cette prière : « Père que ce calice s’éloigne de moi… Mais non ! Pas ma volonté mais ta volonté !... ». Belle conception de l’amour et de la liberté ! Cet amour-là est non seulement hors de portée des animaux, mais aussi des humains que nous sommes. Avec Pascal on peut dire que la distance qui nous en sépare est « infiniment infinie » ! Je le dirai autrement et, en disant autrement, je dirai autre chose : un acte d’amour pur, sans aucun compromis dans le 2ème et le 3ème ordre, sans compréhension dans le 2ème et sans plaisir dans le 3ème , comme Jésus obéissant à dieu sans comprendre et jusqu’à la mort, et comme Abraham sacrifiant son propre fils, n’est pas selon moi un acte d’amour. Ils relèvent d’une vision archaïque selon laquelle dieu serait un monstre mythologique sanguinaire qui, pour apaiser son courroux, réclamerait à ses adeptes des sacrifices d’enfants. Autant je peux admettre qu’Abraham ait partagé cette vision répandue à son époque, autant tout l’évangile nous montre que Jésus ne la partageait pas. Quant à ceux qui aujourd’hui encore la partagent : ils ont tous simplement « des aveugles qui prétendent guider d’autres aveugles ».
Pour d’autres, Jésus donne sa vie par amour pour l’humanité. Qu’il s’agisse d’une mission divine ou d’une conviction personnelle, il s’est fixé le but de transmettre à tous les humains les repères de vie qu’il a reçus ou découverts, et qu’il considère comme essentiels. Ce faisant, il dérange tous ceux qui détiennent les pouvoirs, religieux et politiques, et qui ont tout intérêt à garder leurs congénères humains dans l’ignorance. Inéluctablement, arrive le moment où Jésus est sommé par les dits pouvoirs en place de renier tout son enseignement, en laissant régner l’obscurantisme à leur service et en sauvant sa peau, ou de persister dans son enseignement, en donnant à la lumière la force de faire reculer leur pouvoir et en étant martyr pour la vérité. Cet amour-là est à la portée de tous les humains, comme Socrate avant Jésus et comme tant d’autres, en tout temps et en tout lieu, puisque l’exploitation des uns par les autres et la conscience révolutionnaire sont des constantes de l’espèce humaine.
Qu’en est-il de nos frères animaux ? Il semble que ni l’exploitation des uns par les autres, ni la conscience révolutionnaire n’aient droit de cité chez eux. Par contre le jeu, qui provoque l’amour et l’acte héroïque, entre l’exploitation et la conscience révolutionnaire existe bel et bien : dans le monde animal, des injustices et des drames viennent à la conscience, même primaire, de certains spécimens, et les poussent à agir autrement que ne le leur dicte leur instinct. Le fait qu’il ne s’agisse que de « certains spécimens » n’est pas spécifique aux animaux, les humains ayant aussi leurs spécimens auxquels ils dédient des statues, des légions d’honneur, des titres de saints ou de héros, pour mieux se cacher qu’eux-mêmes en tant qu’humains se doivent d’agir ainsi.
Pour d’autres encore, Jésus est « triste à en mourir ». Quelques jours avant il a pleuré sur Jérusalem parce qu’elle n’a pas accueilli son message. De là à déduire que Jésus qui a consacré toute sa vie à sa mission est suicidaire devant son échec total, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai que partiellement. Jésus ne va pas jusqu’à mettre fin à ses jours, mais, découragé, il se laisse faire : au lieu de résister, de fuir et de tenter autrement de faire passer son message, d’accomplir sa mission comme le fait tout humain encore dans la vie, il se laisse emmener et tuer ! Sans parler de suicide, je me permets d’avancer le mot tabou, non comme démission et péché mortel, mais comme unique issue vers un ailleurs, comme seul acte encore possible, humain ou animal, peu importe ! Il est évident que les animaux comme les humains sont capables de tels actes de quasi désespoir, comme seule alternative au désespoir absolu qui est la mort totale, de tout et de tous. Je renvoie à tous les exemples connus et décrits77.
2ème question : les deux distances sont –elles infinies ?
J’en viens tout naturellement à m’interroger sur la phrase de Pascal : la distance du corps à l’esprit est-elle vraiment infinie, la distance de l’esprit à la charité est-elle vraiment infiniment infinie ? A plus forte raison, la distance du corps à la charité serait-elle infiniment infinie à la puissance ?
1) Le corps participe aux décisions et donc à la charité :
Jésus, philosophe et poète, va encore plus loin, et nous invite, en matière d’amour et de foi, à prendre exemple non seulement sur les animaux, les oiseaux du ciel, mais sur les fleurs, les lys des champs ! J’ajouterais que les fleurs donnent ans compter leur beauté et leur parfum à qui en veut sans faire exception de personne, à la manière de dieu !
D’autres poètes ont exprimé la même certitude évidente. Non loin de nous, Brassens chante : « Le curé de chez nous, petit saint besogneux, doute que sa fumée s'élève jusqu'à Dieu. Qu'est-ce qu'il en sait, le bougre, et qui donc lui a dit qu'y a pas de chêne en paradis… ? ».
Les découvertes des neurosciences nous montrent qu’il ya une intelligence du corps par les émotions. Le circuit de cette intelligence est plus court et donc plus rapide que le circuit de l’intelligence rationnelle. De là il découle que, la plupart du temps nos décisions sont prises par notre corps sous le coup de nos émotions, peur, plaisir, déplaisir, stupéfaction, envie ; notre raison, comme la cavalerie, arrive en retard pour tenter de justifier raisonnablement notre décision. Cela entraine évidemment pas mal de discours hypocrites puisque nos décision sont tout sauf rationnelles ! L’important ne serait donc pas de consacrer, comme le fait Pascal, la distance infinie qui sépare le corps de l’esprit, mais, au contraire, de les rapprocher et de les réconcilier. L’église nous invite à nous méfier de nos émotions ! Il vaut mieux apprendre à les connaître, et à les gérer au mieux.
De même l’amour : l’amour n’existe que dans les actes d’amour, et, comme tout acte passe par une décision, notre corps participe de façon éminente à la charité, sans autre distance que celle que la raison introduit comme délai, débat et médiation.
2) Je fais partie du monde vivant :
Quant aux autres formes de l’amour, plus « corporelles », elles sont universellement présentes dans tous les vivants et ce de manière encore plus évidente. « J’aime » signifie en effet bien d’autres choses, passe par de nombreux paliers de signification avant de s’épanouir en sacrifice de soi ! Au premier degré, « J’aime » signifie « j’aime consommer… une femelle, une nourriture.. J’en ai besoin, je l’apprécie, je la goûte etc. » et s’applique même au premier niveau du vivant la cellule, qui est l'unité structurale, fonctionnelle et reproductrice constituant tout ou partie d’un être vivant et qui constitue une unité spatiale, délimitée par une membrane, à travers laquelle ont lieu des échanges, autrement dit, à travers laquelle naît l’amour. Au deuxième degré, celui de l’esprit, « J’aime » signifie « Je partage les mêmes idées et les mêmes valeurs que.. », et ne s’applique guère plus qu’aux animaux.
En guise de conclusion, je me permets simplement d’émettre le vœu pour moi et pour tous les chercheurs de vérité, de paix, et d’amour, que nous reprenions notre humble place dans la création. Que cette création soit ou non voulue par un dieu, ça la regarde et, de toutes façons, ça nous dépasse ! Par contre ce qui nous regarde, c’est de vivre en harmonie en respectant tout l’univers, du lointain infini au plus intime de nous-mêmes, en passant par tous nos frères, à feuilles, à plumes, à quatre ou à deux pattes.
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MessageSujet: durée de l'amour   le monde vivant et l'amour Icon_minitimeSam 21 Jan - 13:51

Certains philosophes contemporains s’affairent à donner à l’amour une durée : après Frédéric Beigbeder qui lui assigne une durée de trois ans, Alain Finkielkraut revient à une durée qui dure, qui n’en finit jamais de durer, bref à un amour qui ne meurt pas, comme dans l’évangile et les grandes traditions religieuses.
Plus que la pertinence de ces discours, est intéressante la motivation infatigable des hommes depuis toujours à assigner à l’amour une durée, soit pour l’enfermer avec nous dans un laps de temps, soit pour lui conférer l’éternité et nous ouvrir avec lui l’immortalité. Il s’agit toujours et toujours de se dévaloriser ou de se gonfler, selon le fameux mouvement du balancier. C’est comme si l’humain que je suis était incapable de se regarder comme il est, fièrement et humblement, sans se rabaisser ou au contraire se pavaner ! D’un côté Frédéric Beigbeder, et tous ceux qui lui ressemblent, ne peuvent parler d’amour sans en rire et le dévaloriser, et c’est leur manière de ne pas reconnaître qu’ils ne sont pas à la hauteur de l’amour et de son mystère : leur arme de survie est la dérision plutôt que l’humilité. D’un autre côté, Alain Finkielkraut et ses semblables se frappent la poitrine et s’agenouillent devant l’amour idéalisé, personnalisé et immortalisé, et c’est leur manière de ne pas reconnaître qu’ils ne sont pas à la hauteur de l’amour et de son mystère : leur arme de survie est la foi plutôt que la fierté.
Laissons de côté ces deux déviations, et disons, à la suite de Bergson et de Jankélévitch, que l’élan vital ou amour n’a pas de durée puisqu’il est créateur de tout, y compris de la durée. C’est sans doute la seule signification que peut avoir la profession de foi : « Tout vient de dieu et tout retourne à dieu ! » ? Donc quand je parle de durée de l’amour, je ne parle pas de la durée de l’amour qui est hors de toute durée, mais de la durée pendant laquelle moi, humain inscrit dans le temps, je donne ou je reçois ou je ressens l’amour, autrement dit, de la durée durant laquelle je suis une âme pure. Force est alors de reconnaître que loin d’être éternel, cet amour particulier n’est que d’un instant : c’est l’instant précis où l’élan vital ou l’amour me soulève hors de moi-même et de mes intérêts immédiats, en extase, pour me porter vers un autre, voire dans un autre, et me faire épouser son propre intérêt, voire son propre corps. C’est ce cri d’amour de Mme de Sévigné : « J’ai mal à votre poitrine ! »… mais il est évident qu’à l’instant-même où elle crie cela, elle est déjà retombée dans son intérêt propre, qui est de faire des phrases pour s’occuper agréablement et, dans l’avenir, devenir aussi célèbre que MME de Sévigné ! Mais c’est aussi bien le mouvement animal et amoureux qui me porte à faire l’amour à cette femme… qui lui aussi retombe aussitôt, avec l’arrivée du désir qui m’aliène et bientôt du plaisir qui me submerge. Et c’est encore la générosité totale de cette fleur qui instantanément exhale tout son parfum et exhibe toute sa beauté, sans aucune retenue et sans aucun égard à l’entourage, même au fin fond du désert le plus aride ! Peut-être est-ce le seul cas où l’amour dure aussi longtemps que la fleur ?!Peut-être les objets inanimés ont-ils non seulement une âme, comme le suggérait Victor Hugo, mais sont-ils les seuls à avoir une âme éternelle ?! Quant à nous, objets animés, reconnaissons que notre âme n’est que d’un instant.
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