les trois ordres
Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.

les trois ordres

l'humain, composé organique hautement improbable de corps, de pensée et d'âme
 
AccueilRechercherS'enregistrerConnexion
-37%
Le deal à ne pas rater :
Aspirateur robot Xiaomi Roborock S7 (version 2021) en stock et en ...
504 € 799 €
Voir le deal

 

 comment résister à la laideur?

Aller en bas 
AuteurMessage
Admin
Admin


Messages : 74
Date d'inscription : 27/07/2007
Age : 75

comment résister à la laideur? Empty
MessageSujet: comment résister à la laideur?   comment résister à la laideur? Icon_minitimeMer 24 Aoû - 9:03

COMMENT ECHAPPER A LA LAIDEUR QUAND ON EST « CLASSE MOYENNE » ?
INTRODUCTION :
Etant « classe moyenne » de naissance, j’y ai passé toute ma vie et j’y mourrai sans aucun doute ; il est beaucoup plus courant de changer d’appartement, de village, de pays, de continent, et même, demain, de planète, que de changer de classe. Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus : nombreux sont ceux qui sont attirés vers la le haut, vers la classe supérieure, et peu nombreux sont ceux qui y parviennent, et à quel prix !? En ce qui me concerne, c’était mission impossible, du fait que j’allais à contre-courant, étant appelé à descendre vers la 3ème classe alors que tous ceux de la 3ème classe jouent des coudes pour monter. Aussi ne parlerai-je que de ma 2ème classe, celle du milieu, pour en reconnaître les avantages avant d’en dire la grande difficulté.
Les avantages de la 2ème classe sont indéniables : ce sont eux qui ont émoussé mon attirance pour la classe d’en bas. L’avantage le plus évident et le moins ambigu est le relatif confort dans lequel notre salaire moyen nous permet de vivre : nous pouvons former et réaliser des projets qui nous permettent de côtoyer la 1ère classe, de jouer presque dans leur cour. L’avantage le plus grand et le plus ambigu est le pouvoir que notre position nous donne sur la réalité et la conscience gratifiante de ce pouvoir : tout dépende de la juste estimation de ce pouvoir dont la surévaluation peut nous faire vivre dans l’illusion. L’avantage le plus certain et le plus sûr est la capacité intellectuelle acquise d’analyser les situations et de se tenir à distance suffisante des épreuves de la vie, en particulier, de la menace de la mort : le prix à payer en est la lucidité, pouvant conduire au désespoir ou, pire encore, au cynisme. C’est bien cette lucidité qui constitue l’âme de notre mal de vivre, elle qui nous fait entrevoir et, peu à peu, nous colle le nez sur la laideur : c’est ce que je veux décrire, précisément pour tenir à distance la laideur autant que faire se peut.
Depuis ma naissance, aussi longtemps qu’il me souvienne, la laideur n’a de cesse de me traquer pour m’anéantir. Comme dans tous les films américains qui inondent le monde entier et auxquels je suis devenu accro, un contrat a été mis sur ma tête, et le nom de code du tueur n’est pas LEON comme j’aurais bien aimé, mais LA LAIDEUR comme je n’aime pas. Cette laideur est celle de l’injustice, engendrée cyniquement par la 1ère classe, supportée désespérément par la 3ème classe et alimentée contre sa volonté par la 2ème classe. En écrivant « cyniquement », je prête aux riches de la 1ère classe des intentions malveillantes qu’ils n’ont peut-être pas : peut-être sont-ils seulement handicapés, du cœur, de l’intelligence, ou que sais-je ? ! En écrivant « désespérément », je noircis peut-être le tableau des pauvres de la 3ème classe qui sont peut-être ceux qui ont le plus d’espérance ?! Je m’en tiens donc à la 2ème classe, celle qui a la capacité d’analyser l’injustice et ses rouages, celle qui dénonce cette injustice qui l’agresse dans ses rencontres quotidiennes avec la 3ème classe, et celle qui, au service de la 1ère classe, permet à l’injustice de perdurer et même de croître. Il y a dans cette phrase tout le mal de vivre, que dis-je, toute l’impossibilité à vivre de ceux de ma classe.
COMMENT ECHAPPER A LA LAIDEUR QUAND ON EST « CLASSE MOYENNE » ?
Comme eux et avec eux, j’ai utilisé dans ma vie plusieurs refuges que Dame Lucidité a dynamités au fur et à mesure de ma vie. Je suis désormais nu face à La Laideur, et je ne tiendrai plus longtemps. Tomber dans la mort n’est rien, puisque l’intéressé n’est plus là pour se lamenter sur son sort. Tomber sous les coups de LA LAIDEUR, c’est tomber au mieux dans le désespoir, au pire dans le cynisme ; c’est tomber en Enfer.
1. Le refuge du militant :
Une dame patronnesse nouvelle version est penchée sur une pauvresse, ou, plus prosaïquement, un pauvre, le pauvre n’ayant pas de sexe. Malgré le poids des années, elle déploie une rare énergie pour trouver un remède à tous les maux, une solution à tous les problèmes de « l’autre ». Elle sonne le branle-bas de combat sur tout son réseau de relations : « Allo ? Jean-François ? Comment vas-tu ? … Toujours à Saint-Bonnet ? … Fais-tu toujours dans le social ? … Non ?! Ah bon !? Moi ! Oui ! Je milite toujours malgré mes quatre vingt ans passés !... (Silence au bout de la ligne, admiration béate ou refus poli de qualifier « la chose »). Bon, je ne te dérange pas davantage ! Bonne continuation !... ». Cette défection ne l’arrête pas dans son ardeur à « faire ». Elle organise des conférences, des reportages, des débats sur le sujet qui est devenu un objet, pour alerter ou, selon sa propre expression, pour conscientiser la population. Ne vous y méprenez pas, Jeannine n’est plus une demeurée qui fait dans le caritatif. Elle sait bien qu’une situation, pour être améliorée de façon pertinente et durable, exige d’être analysée sous tous ses rapports, tenants et aboutissants. Ce n’est certes plus le Christ qu’elle aime à travers ses frères humains : et d’ailleurs, elle ne prétend plus aimer qui que ce soit, consciente de toutes les injustices qui, chaque jour, se commettent sans compromettre au nom de l’amour. Elle ne se contente plus comme les sœurs de la charité d’appliquer des emplâtres sur des jambes de bois, ou comme les dames de l’ouvroir de rapiécer des haillons ! Bénévole, elle s’est formée et œuvre en vraie professionnelle. Elle sait trouver la bonne distance, ne pas trop s’investir, ne pas fusionner, et surtout ne pas s’en tenir à l’aspect personnel, individuel d’un problème, savoir généraliser pour agir sur le long terme, etc.
Au temps où la jeunesse me protégeait contre la laideur, je trouvais cette femme, comme moi et plus que moi, héroïquement jeune dans son combat généreux auprès des pauvres. Au temps où la foi catholique me protégeait de la laideur, je la trouvais, comme moi et plus que moi, saintement belle dans son désintérêt absolu. Aujourd’hui, je la trouve, comme moi et plus que moi, laide et pathétique. Par quel sortilège est-elle aveuglée à ce point sur l’inefficacité de ses brillantes analyses, de son militantisme à toute épreuve et de toutes ses actions ? Avec toute l’énergie qu’elle a dépensée sans compter, elle n’a en rien freiné l’emprise de l’argent sur le monde ; elle s’est seulement distraite avec d’autres de la laideur désespérante de cette emprise, elle a seulement appris à supporter l’insupportable. Et par quel sortilège encore plus grand est-elle aveuglée sur sa propre condition, condamnée qu’elle est à une mort imminente ? La laideur des autres, qu’elle soit misère, handicap, égocentrisme, bêtise ou vieillesse, est plus facile à supporter que la sienne propre ! Aujourd’hui je ne peux détacher mon regard de sa vie manquée, de son dévouement auprès d’un mari alcoolique qui, pour unique remerciement, l’a battue jusqu’à sa mort, de son militantisme jamais pris au sérieux par les intellos de gauche qui quadrillent le secteur et qu’elle sert comme elle a servi son mari : ils ne la battent plus, mais leur mépris est pire que ne l’étaient ses coups. « Parfois un seul regard suffit pour vous planter mieux qu’un couteau. ».
Elle est en Enfer et ne le sait heureusement pas.
Aujourd’hui comme hier des militants de tous bords sont prêts à aller jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à l’inhumain, en s’entêtant dans un combat qui, un jour, leur est apparu juste mais qui n’est plus le leur, simplement par peur de reconnaître leur erreur. Plus ils s’entêtent, plus leur peur est grande, et plus ils s’entêtent. Le pire ennemi de la lucidité et le plus sûr garant de l’ordre établi est cette peur de reconnaître qu’on s’est trompé de direction !
2. Le refuge du sage :
Ce restaurateur se pique de sagesse bouddhiste et ne manque pas une occasion de prêcher « son » bouddhisme auprès de ses salariés, de sa cour d’alcooliques ou de ses clients. J’écris « son » bouddhisme parce qu’il a bien compris que tout un chacun ne peut atteindre la sagesse que par son propre et unique chemin. Jeannot aime répéter qu’il ne faut jamais dire « il faut », sagesse soixante huitarde autant que bouddhiste, mais sagesse qui, sous toutes les bannières, invite au silence et non au prêche ! Pittoresque mélange de bonze et de prêtre intégriste, pour bien montrer à son auditoire combien dieu le guide dans sa progression, il raconte, pour la énième fois, cette anecdote : « Un jour, me promenant dans la rue, j’ai donné une poignée de billets à un pauvre au hasard, et je m’inquiétais de l’’effet produit sur ce dernier par mon aumône princière, quand dieu lui-même m’a interpelé ainsi : « Si tu regardes l’effet produit par ton geste, tu as déjà ta récompense ; tu n’as pas de part avec moi ! ». Content de l’effet produit sur son auditoire, il surenchérit avec un ou deux miracles dont il a bénéficié personnellement ou dont il a fait bénéficier un membre de sa famille, simplement pour avoir parlé à dieu comme à un copain. Tout cela ne l’empêche pas d’affirmer son indignité totale, son détachement non moins total, et la parfaite gratuité de son élection divine qui lui vaut une vie sexuelle riche et un porte-monnaie bien garni.
Au temps où la jeunesse me protégeait contre la laideur, je trouvais ce « restaurateur bouddhiste » méritant, comme moi et plus que moi qui avais reçu une éducation catholique ! Laissé à lui-même, sans grande instruction et sans émulation familiale, il s’efforçait d’émerger de sa condition animale, de viser plus haut que la simple satisfaction de ses besoins vitaux. Il était un Jonathan le Goéland passionné et moderne qui, méprisant ses frères goélands occupés à suivre le sillage des navires pour becqueter les déchets, s’élevait vers l’azur à la vitesse de la lumière. Au temps où la foi catholique me protégeait de la laideur, je l’admirais comme un champion de la foi : il interprétait les paroles de Jésus mieux que beaucoup de prédicateurs, et il parlait à dieu comme moi et plus que moi. Aujourd’hui, je le trouve, comme moi et plus que moi, laid et pathétique. Par quel sortilège est-il aveuglé à ce point sur ses contradictions. Comment ne démasque-t-il pas dans son miroir le petit bourgeois parvenu, le Monsieur Jourdan du bouddhisme, le Don Camilo de pacotille ? Comment peut-il encore professer le désintéressement total et l’amour universel en asservissant tout, lui et les autres, ses salariés et sa cour d’alcooliques, à ses propres intérêts ? Il y a peu de temps, avec le sourire béat qu’il affiche comme un certificat d’allégeance à Bouddha, il m’a vanté devant lui les mérites de son cuisiner : « Lorsqu’il prend son jour de repos et va en ville, il ne dépense pas plus d’un euro ! ». Je ne m’émerveille plus avec lui ! Je dénonce sa laideur, immense bêtise ou hypocrisie infinie : il ne voit pas que, si son cuisinier ne dépense qu’un euro par jour pour se nourrir et se distraire, ce n’est pas parce qu’il a fait vœu de pauvreté, mais parce qu’il ne reçoit pas le salaire qu’il mérite. Je l’ai menacé du tribunal des Prudhommes et il a quitté pour un instant son masque de bonze pour laisser apparaître son vrai visage, celui de la violence, celle qui avait sans doute régné sur son enfance et qu’il n’avait jamais pu quitter malgré tous ses efforts.
Il est en Enfer et ne le sait heureusement pas.
Aujourd’hui comme hier, des menteurs sont prêts à aller jusqu’au bout de leur mensonge, c’est-à-dire jusqu’à l’inhumain, pour sauver le personnage qu’ils se sont forgé. Plus ils s’enfoncent, plus ils ont besoin d’y croire et plus ils y croient. Le mensonge, non pas le compromis nécessaire à la vie mais le mensonge, est un autre ennemi juré de la lucidité et, donc, du changement, de la révolution.
3. Le refuge du fidèle :
Cet homme à la retraite est resté avec sa femme, « malgré tout », épouse en chair et en os ou épouse mystique ! Il s’interdit d’en dire du mal et, quand ça lui arrive, c’est parce qu’il a bu plus que de raison ou parce qu’on l’y a poussé ; souvent les deux vont ensemble, personne n’ayant envie de le pousser dans ses retranchements sinon sous l’emprise funeste de l’alcool. Il aurait pourtant eu de bonnes raisons de divorcer, sa femme étant malade depuis longtemps. Jean a préféré rester fidèle à la parole donnée : il pense, comme beaucoup, que les enfants, en chair et en os ou mystiques, souffrent toujours d’une séparation. Il ne cède pas à la facilité, celle de la raison humaine qui approuverait ses raisons, ni celle concédée par dieu lui-même « en raison de notre endurcissement ». Il s’est forgé une âme forte et un cœur selon dieu ou du moins selon ce que la religion lui a dit de dieu. Et puis il a pitié de cette femme qu’il a aimée ; il aurait mauvaise conscience de « profiter » de sa maladie pour la larguer.
Au temps où la jeunesse me protégeait contre la laideur, je trouvais cet homme admirable, comme moi et plus que moi, qui avais été fidèle à la volonté de mon père d’avoir un fils ingénieur. Au temps où la foi catholique me protégeait de la laideur, je le trouvais fort, obéissant superbement à la volonté divine, comme moi et plus que moi qui étais fidèle à la volonté de ma mère d’avoir un fils prêtre mais qui avais déjà trahi la parole donnée à mon père ! Aujourd’hui, je le trouve, comme moi et plus que moi, laid et pathétique, plus préoccupé par son image dans le miroir et dans le regard des autres que par sa femme ou encore ses enfants qu’il brandissait en guise d’étendard ! Il se montrait à son avantage alors qu’il s’enfonçait jusqu’à la lie dans des retranchements de plus en plus nauséabonds. L’humain n’étant pas que raison, la situation s’est en effet rapidement détériorée : parcours d’évitement dans la même maison, insultes, silences, mépris. Il ne sauve même plus les apparences. Il ne faut plus le pousser à dire du mal de sa femme, il faut parfois l’arrêter : c’est devenu pour lui, avec le moyen de la plaindre, le seul moyen de donner à sa pauvre survie quelque relent de sainteté ou même quelque intérêt. Il ne la quitte pas par force mais par faiblesse d’âme: il devrait quitter soixante-dix ans de sa vie et se retrouver nu comme un enfant ou comme un vieillard qu’il est devenu. Lorsqu’il parle de vérité, c’est toujours un peu comme Ponce Pilate, en se lavant les mains avec un petit sourire qui signifie : « Qu’est-ce que la vérité ? ». La fidélité héroïque devient mission impossible quand elle s’inscrit dans la durée, et nul ne peut vivre dans le mensonge, même par fidélité, sans tomber dans le non-sens, le cynisme et la mort !
Il est en Enfer et ne le sait heureusement pas.
Aujourd’hui encore, des gens sont prêts à toutes les compromissions pour sauver leur apparence de fidélité, comme on le voit avec les JMJ de Madrid. Toutes les émissions télévisées n’ont pas manqué de « montrer » ce phénomène de foire, ce « monstre » : un vieillard pontifiant et engoncé dans son célibat, ses certitudes et ses condamnations, acclamé par des milliers de jeunes hystériques encadrés d’adultes ensoutanés et enrubannés, le tout animé par des rockeurs en perte de vitesse reconvertis pour la circonstance au rock évangélique, domaine où la concurrence est beaucoup moins forte. Le mélange et l’amalgame, le clair obscur et l’ambigüité sont les milieux où la lucidité est bannie, où La Laideur avance à pas rapides pour fondre sur le pauvre humain, nu et démuni. Ceux de la 2ème classe qui dirigent les émissions auraient dû s’efforcer d’apporter un peu de lumière ! Hélas ! Ils n’ont fait que rajouter des ombres au tableau. Pas une fois il n’a été question du contenu de la foi, et encore moins de l’impact de ce rassemblement sur la marche du monde.
4. Le refuge de l’optimiste :
Et voilà le quatrième et dernier spécimen de citoyen de 2ème classe, encore debout. Elle arbore toujours un sourire confiant, dans la société, dans ceux qui l’entourent, dans l’avenir, etc. Elle proclame sur les places publiques son secret à l’aide de formules toutes faites, imparables comme la sagesse naturelle : « Mieux vaut voir la bouteille à moitié pleine... Se plaindre ne sert à rien… In medio stat virtus… Faut pas rêver… A l’impossible nul n’est tenu… Dieu est grand et il pardonne… Demain est un nouveau jour… ». La liste est infinie de ces phrases dont le seul but est de donner bonne conscience à bon compte, et il y en a pour tous les milieux et toutes les cultures. D’ailleurs il faut reconnaître que Jeannette ne reste pas les bras croisés : elle a bien conscience que la bouteille est à moitié vide et qu’elle est responsable, mais pas coupable. Elle rejoint souvent le militant, le militant formé s’entend, celui qui sait avoir la bonne distance, ne pas trop s’investir. C’est elle, l’optimiste, qui a inventé le concept du devoir agréable. Il est évident que, parfois, le devoir d’aimer mon prochain rejoint mon propre droit au plaisir : elle a érigé en système de vie la recherche de cette heureuse coïncidence.
Au temps où la jeunesse me protégeait contre la laideur, je trouvais cette optimiste admirable, comme moi et plus que moi : grâce à dieu je me portais bien et j’essayais de faire plus de bien que de mal. Je dois avouer que très vite l’hypocrisie de cette attitude m’est apparue : comment ne pas voir que la recherche consciente de cette coïncidence n’est qu’un travesti de l’amour, quand la rue nous agresse de ses mille visages, défaits et implorants. Au temps où la foi catholique me protégeait de la laideur, je trouvais en elle une vraie disciple de Jésus, confiante dans la bonté toute-puissante de dieu comme les lys des champs et les oiseaux. Aujourd’hui, je la trouve, comme moi et plus que moi, laide et pathétique, car, sous couvert d’amour universel, elle se contente de prendre son plaisir en faisant remarquer qu’elle ne fait pas de mal, que, si elle ne le prenait pas, d’autres le prendraient à sa place, qu’elle n’est pas insensible à la souffrance des autres et qu’il lui arrive même d’en soulager lorsque l’occasion lui en est donnée et que ça lui coûte moins que ça lui rapporte.
Elle est en Enfer et ne le sait heureusement pas. Aujourd’hui encore, les optimistes de plus en plus nombreux résistent à la montée dangereuse de la lucidité, et sont prêts à affirmer que le noir est rose pour continuer tranquillement leur route. A la télévision, reflet et moteur de la société, les jeux d’argent, les émissions culinaires et les discours rassurants de nos politiques se succèdent à l’envie, apportant un peu de rose au milieu des images noires d’apocalypse. La nuit, quand tous les enfants qui n’ont pas besoin de rose dorment, les émissions érotiques, à ne pas confondre avec les pornographiques, prennent le relais. La Laideur avance ici à pas feutrés, déguisée avec une toque, un string ou un costume d’économiste distingué.
5. Le refuge du « décalé » :
Pierre est toujours original ; il n’est jamais là où on l’attend, comme Julien Doré sur la scène médiatique. Il est intéressant car son point de vue appelle toujours les interlocuteurs ailleurs. Il n’est pas de ceux qui hurlent avec les loups, bien au contraire. Vous vous enflammez avec des sentiments humains, de la compassion, etc. ? Il vous invite à garder la tête froide, et à analyser un peu les choses avant de vous lancer. Vous procédez à une rigoureuse et froide analyse de la situation ? Il vous rappelle que vous n’êtes pas des épiciers, et que les autres humains ont surtout besoin de chaleur humaine.
Au temps où la jeunesse me protégeait contre la laideur, je le trouvais admirable, original et toujours mobilisant, comme moi et plus que moi. Au temps où la foi catholique me protégeait de la laideur, je trouvais en lui un vrai disciple de Jésus, toujours en mouvement, appelant à sa suite. Aujourd’hui, je le trouve, comme moi et plus que moi, laid et pathétique, paralysant toute discussion et donc toute progression dans quelque direction que ce soit. Certes il pratique l’art du décalage mieux que quiconque, mais ce n’est pas pour alimenter le débat, ni pour appeler à un autre débat plus pertinent ; c’est, au contraire, pour éviter tout débat avec lui-même ou avec d’autres, et avoir facilement raison… pour rien, simplement contre. A force de faire du surplace en ayant raison, il a plongé dans une grave dépression.
Il est en Enfer et ne le sait heureusement pas. Aujourd’hui, les professionnels du « décalage » ont de plus en plus d’avenir avec l’emprise des media sur l’opinion et leurs informations à coups de scoops superficiels.
6. Mon refuge individuel et portatif :
Mon refuge individuel et portatif du moment est toujours peu ou prou un mixte de ces cinq refuges, un mélange improbable et pourtant seul possible au temps « t » et à l’endroit {x, y} pour l’individu tel que mon histoire m’a engendré. Car il est bien entendu que je suis lucide et réaliste, comme le veut tout 2ème classe qui se respecte !
Par exemple, j’ai tenté à une époque où mes études m’y portaient à me réfugier dans la science. C’est une caricature du militantisme, lequel est déjà une caricature : une caricature sur une caricature ! Tout militantisme qui se respecte s’appuie sur un discours scientifique qui le justifie, et, réciproquement, tout discours scientifique qui se veut conséquent débouche sur un militantisme. Il en est de même pour la prétendue sagesse, entachée de bêtise, de religion et de mensonge : il lui faut, pour se prendre au sérieux, un arrière fond de philosophie, comme le montre bien l’histoire de mon restaurateur. C’est encore plus vrai pour l’art du décalage qui prétend toujours que le point de vue opposé à celui adopté par tous est plus pertinent, plus objectif si la mode est au subjectivisme ou l’inverse, plus réaliste si la mode est à l’idéalisme ou l’inverse.
Autre exemple, le monde virtuel offre aujourd’hui un refuge à toute la 2ème classe. Il n’est qu’une variante du refuge de l’indifférence, laquelle est un mixte de sagesse, de fidéisme et d’optimisme : quelle importance que cette indifférence soit entretenu par l’alcool, la religion, la drogue, la télévision ou l’informatique ? Lorsqu’elle s’accroche à son bonheur illusoire en refusant la lucidité, elle peut déboucher sur la folie, schizophrénie ou maladie d’Alzheimer.
CONCLUSION :
Je n’ai aucune conclusion à développer pour la bonne raison que la lucidité, qui constitue l’avantage principal de notre 2ème classe, a fait exploser un à un tous mes refuges de citoyen lambda de 2ème classe. Je me retrouve face à face avec La Laideur. Je ne sais si les éclairs rares et fugaces de l’amour pourront longtemps me sauver du désespoir. Face à tous ces gens qui vont jusqu’à proclamer qu’il n’y a plus de classes, je vais quand même risquer une conclusion, ne serait-ce que pour continuer.
J’avoue que j’avais au départ quelque prétention, bien minime toutefois, de dresser une typologie (mot à la mode, qui fait savant) de la classe moyenne, avec ses « types sympa » qui essaient de survivre le mieux ou le moins mal, face à une injustice mondiale qu’ils sont les seuls à dénoncer et les seuls à servir (ceux de la 1ère classe en jouissent, et ceux de la 3ème classe en meurent). Finalement ces types convergent tous vers l’optimisme, plus ou moins béat, pour ne pas plonger vers le désespoir ou, pire, le cynisme.
Je m’aperçois que cette prétention n’en était pas une. Ce n’était précisément qu’une tentative de plus pour cacher mon mal de vivre sous un discours savant, en « brave type » de la 2ème classe que je suis. En effet, tout militantisme, toute sagesse, tout fidéisme, ou, pour tout résumer, tout optimisme repose sur un discours qui se veut scientifique. Il y a deux raisons à cela.
La 1ère raison, qui fait discourir les 2ème classe, est que nous sommes les maîtres incontestés du discours savant, du 2ème ordre de Pascal ou de l’ordre symbolique de Lacan. En effet les 3ème classe sont exclus des études malgré les déclarations égalitaires de nos politiques qui sont autant de discours non savants, simples blabla démagogiques ou professions de foi sans lendemain ! Quant aux 1ère classe, ils sont trop occupés à dépenser la fortune amassée par leurs ancêtres pour y consacrer plus de temps que le nécessaire pour paraître.
La 2ème raison, qui fait discourir les 2ème classe, est que le discours savant est le seul qui, pour être honnête, non seulement peut, mais doit être objectif ou, du moins, tendre à l’objectivité. Or, de l’objectivité à l’indifférence, il n’y a qu’un pas que nous n’hésitons pas à franchir, ne serait-ce que pour nous justifier de n’avoir pas à nous justifier. L’objectivité n’a pas à se justifier puisqu’elle est juste par définition, ajustée à la réalité. Dès qu’un jugement est porté sur la réalité et qu’une volonté de changer cette réalité en découle, nous sortons de l’objectivité, de l’ordre immuable, naturel ou divin, des choses, fausses lois du plus fort et du marché, pour entrer dans l’ordre de la morale, de la politique et des vraies lois. Et le jugement de la 2ème classe sur le monde est aujourd’hui sans appel : il est pourri et nous en sommes responsables ! IL n’est que de discuter un peu avec les uns et les autres, ou de regarder les émissions de variétés qui restent bloquées, animateurs et chanteurs, aux années 80 !
Finalement j’en arrive quand même à une conclusion importante, c’est que les 2ème classe dont je fais partie sont les seuls qui peuvent changer le monde. Puisque nous sommes conscients de l’injustice et de ses rouages, nous seuls pouvons vouloir changer cela. Puisque nous créons et faisons appliquer les lois, nous seuls pouvons faire changer cela. Puisque nous sommes garants de l’injustice, nous seuls pouvons abattre l’injustice.
Les mouvements, qui sont « le printemps du Maghreb », sont nés au printemps 2011 de la révolte des 3ème classe n’ayant plus rien à perdre que leur vie ; ils n’aboutiront que si les 2ème classe de ces pays en profitent pour faire des lois justes, c’est-à-dire des lois qui corrigent les inégalités et non pas des lois qui maintiennent les inégalités et qui en changeant seulement les bénéficiaires. Le pourront-ils dans ce monde où l’argent est roi ? Dans certaines limites oui !
La taxe Tobin sur les mouvements de capitaux arrive sur le devant de la scène, et tant pis si elle est piratée par les politiques actuels ! Pourra-t-elle être instaurée unilatéralement dans certaines régions du globe et entraîner peu à peu le monde entier ? Suffira-t-elle à enrayer la spéculation et à redonner sa vraie valeur au travail ? Dans certaines limites, oui !
C’est sur cette note optimiste que je quitte ce sujet, étant trop vieux et trop loin pour entrer activement dans ces combats.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.cellaic.com
 
comment résister à la laideur?
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Les Secrets De La Guerre Hitlérienne - Vol. 1 & 2 [DVDRIP]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
les trois ordres :: philosophie :: débats-
Sauter vers:  
Ne ratez plus aucun deal !
Abonnez-vous pour recevoir par notification une sélection des meilleurs deals chaque jour.
IgnorerAutoriser