les trois ordres
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les trois ordres

l'humain, composé organique hautement improbable de corps, de pensée et d'âme
 
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 l'angélus

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MessageSujet: l'angélus   l'angélus Icon_minitimeSam 26 Mar - 19:38

Introduction
Philosopher : creuser mon sillon droit et profond comme tous les humains l’ont fait, mais aussi comme nul autre ne l’a fait avant moi. Cette image évoque non pas un travail intellectuel, encore moins un jargon réservé aux seuls initiés, mais un labeur nimbé d’une espèce de charme, précisément celui qui se dégage du tableau de l’Angélus ! Le penseur solitaire de Rodin, tête pesante lourdement appuyée sur un bras fatigué, s’effondre tandis que monte, de l’humus jusqu’au ciel, la trinité de la nature végétale, animale et humaine, légère comme une fumée après le corps à corps d’une journée de labour.
Depuis le matin, la femme et l’homme ont lutté sous l’ardent soleil. La terre, craquelée et tannée comme leur peau qui vieillit et se protège, a résisté de toutes ses forces à la pénétration victorieuse du soc métallique, affûté comme un scalpel : dans le soir qui descend, elle se rend et exhale une fumée de sang de la blessure que la nuit cicatrisera. Les bœufs, écartelés entre l’intention humaine et l’inertie de la terre, ont bandé leurs muscles jusqu’à l’épuisement : leur chair est nimbée de sueur, et ils s’abandonnent déjà aux bons soins de l’homme qui veillera à ce qu’ils mangent avant de dormir. La femme et l’homme, pour ne pas être jetés à terre avec les bœufs, pour ne pas céder eux aussi au doute et à la fatigue, se tiennent debout en silence dans une attitude de respect.
Première question : qu’ont-ils besoin de Dieu ?!
Cette ultime station d’un chemin de croix suscite la question des esprits forts : “ Qu’ont-ils besoin d’un Dieu ? ”, laquelle exige la définition du besoin, Dieu étant par définition indéfinissable. Mais voilà que, aussitôt couchés sur le papier, les “ esprits forts ” crient à l’injustice : “ Pourquoi nous traiter d’esprits forts, sous-entendu et bien entendu orgueilleux, nous qui ne faisons qu’honorer notre devoir proprement humain de réflexion, pourquoi ce parti pris, ce manichéisme inavoué ? ”. Avançons donc prudemment et reconnaissons, avec eux et contre tout système religieux, que la question est bien naturelle : avec eux puisque le quidam ne croit qu’en ce qu’il voit et que nul n’a jamais vu Dieu, contre tous les systèmes religieux qui monopolisent le naturel, morale naturelle, pratique naturelle, méthode naturelle, confiance naturelle etc., liste à laquelle seuls les besoins dits naturels, trop naturels sans doute, échappent !
Par contre, il n’est pas certain que cette question bien naturelle ait réellement quelque chose à voir avec l’oeuvre de Millet ! Ne s’agit-il pas d’une question écran, autrement dit d’une affirmation voire d’une insinuation déguisée ? En effet nous n’y voyons ni Dieu ni le besoin, sinon dans le titre “ l’Angélus ” qui renvoie à une prière, laquelle sert dans l’imaginaire collectif à relier un besoin humain à un Dieu sensé le satisfaire ! La question : “ Pourquoi ont-ils besoin de Dieu ? ” est donc moins une question sur la réalité représentée dans le tableau qu’une déformation, un gauchissement, une perversion d’une autre réalité suggérée par le titre : elle sonne comme le prolongement d’une autre question : “ Ainsi Dieu vous a défendu du fruit de cet arbre ?! ”. Dans les deux cas une image de Dieu, castrateur ou produit de consommation, est proposée, glissée mine de rien : le but simulé est d’obtenir un éclaircissement sur une réalité humaine mais l’intention cachée est de la disqualifier en la qualifiant innocemment de façon mensongère, pour que l’homme non seulement ne la considère pas, mais la rejette totalement au risque de se déshumaniser !
Reformulation de la question :
Oublions donc le titre trompeur avec les fantasmes et autres blocages qu’il entraîne dans son sillage ; regardons, entrons dans le tableau par le regard, et non par l’imaginaire et les souvenirs. Nous ressentons tout d’abord la fatigue qui tombe avec le crépuscule sur la nature, les bêtes et le couple humain ; je la ressens car je suis, moi aussi, à mon crépuscule, fatigué d’avoir tant travaillé et pressé de m’allonger pour me reposer. Certes la fatigue évoque un besoin bien réel de repos, mais elle n’est qu’un fond sur lequel s’inscrit le message, l’opposition entre les attitudes des trois acteurs, l’indifférence de la nature déjà somnolente, l’écrasement des bœufs terrassés par le sommeil, et le “ stabat mater ” des humains. Sur fond de fatigue extrême, les bœufs ne pensent ni à se débarrasser de leurs harnais, ni à se restaurer, ni encore moins à demain : ils se couchent tandis que la femme et l’homme prennent instantanément et magiquement conscience ! Ils se tiennent en équilibre sur cet instant charnière : ils franchissent le temps passé, fêtes humaines, souffrances endurées et labeur accompli, puis, se retournant, déroulent le temps avenir avec sa moisson de joies et de peines et, au lointain, viennent buter sur la mort, autre instant unique signifié par la pénombre qui monte alentour. Ils ne prolongent pas cet instant, comment le pourraient-ils ; ils le retiennent de toutes leurs forces, et, alors même qu’il leur échappe, le lancent au ciel pour l’y accrocher à jamais. Évidemment ce besoin-là n’a rien à voir avec les autres, manger, dormir, se reproduire : il n’est même pas un besoin, il en est comme l’émanation, la spiritualisation ! Pourtant nul besoin n’est plus nécessaire que celui-là, sinon respirer. Ils s’envolent, accrochés de toute leur âme à cet élan qu’ils projettent vers le ciel, en silence, car la moindre distraction, le moindre signe de connivence les ferait lâcher prise et retomber sur terre, transformerait ce geste d’amour en grimace, en face à face mortel. Dressés vers le ciel, ils ne sont plus que cet acte pur et joyeux, divin et éternel qui ne correspond à aucun besoin terrestre.
Mais voilà que je me suis laissé emporter par l’élan, celui précisément que je décris imaginairement car, en réalité, il est absent du tableau ! Cette envolée lyrique n’existe que dans mon imagination et ne décrit donc pas le tableau mais l’état actuel de mon cerveau : j’ai bien dépassé la prière de demande, celle du bébé consommateur, mais je suis encore accroché à la prière offrande, celle de l’enfant sage. Revenons donc à l’instant où l’homme et la femme tiennent debout contre la fatigue et la faim, au moment où ombres et bêtes s’allongent : ils ne se dressent pas vers le ciel, ni pour la demande, ni pour l’offrande ! Qu’exprime donc leur attitude, capable de “ m’émouvoir ” et de nous émouvoir ?
Entre recueillement et respect, peut-être humanisation ?
Finalement ce tableau de “ l’Angélus ” me touche car il met en scène une attitude humaine, comme un recueillement : il m’invite à “ nous ” recueillir, à recueillir l’humain en nous au soir de ma vie, puisque toute vie est guidée par une conception de l’humain, et en retour exprime, comme un tableau, la conception de l’humain qui la sous-tend !
“ Nous ” car il s’agit bien de moi, et de mon passé ! Il m’a construit, plus ou moins droit et tordu, et je me suis construit en m’opposant à vous et en m’appuyant sur vous, de toutes façons tout contre vous ! Mémoire consciente ou inconsciente, parfois les deux à la fois, plus ou moins superficielle, elle me constitue : en me servant de système de référence, elle m’aide à appréhender le présent et à vivre, mais, en interposant ses images entre ce présent et moi, elle fait aussi écran et m’empêche de vivre.
“ Nous ”, c’est aussi nous, vivants cet instant présent sans nous en rendre compte, pleinement engagés, immergé en lui dans notre rencontre !
“ Nous ”, c’est aussi nous, nous projetant tant bien que mal dans un avenir de plus en plus certain, et incertain. Cet avenir est certain car, de choix en choix, la liste des possibles s’est considérablement amenuisée et que la route offre de moins en moins de bifurcations. D’autre part la mort me regarde avec de plus en plus d’insistance comme s’il s’agissait bien de moi et non d’un autre, ce qui rend certaine l’échéance prochaine et incertain l’avenir.
Il est bien temps de “ recueillir ” au double sens de cueillir à nouveau et de cueillir une deuxième fois, comme pour parfaire la cueillette, cueillir les fruits qu’une première cueillette trop rapide a oubliés, et, au contraire jeter ceux qu’un nouveau coup d’œil jugera trop ou pas assez mûrs ! “ Recueillir ” comme pour m’élever à la conscience de conscience, m’approcher de la fine pointe de l’intuition en éliminant les pourtours circonstanciels et flous, cueillir à nouveau, de manière plus sereine et moins agressive, n’ayant plus de comptes à régler, laisser les morts ensevelir leurs morts et m’attacher à prendre conscience avec émerveillement de “ moi vivant cet instant ” !
Mais définir le vivant est bien chose impossible puisqu’il nous déborde de toutes parts, et définir l’humain relève de l’imaginaire pur : autant demander au serpent, le plus grand des contorsionnistes, de se contorsionner à l’infini, de se manger lui-même en commençant par la queue jusqu’à disparaître totalement ! Cependant nous savons reconnaître l’humain de façon certaine dans des attitudes, des gestes, des paroles, des images, des sons ; il serait d’ailleurs plus exact de dire que ces “ évènements ” font vibrer en nous un “ je ne sais quoi ” que nous reconnaissons comme nôtre, sans qu’il soit possible de dire si cet espèce de charme vient de nous ou d’en dehors de nous, si c’est comme l’atmosphère ou comme l’action. Autrement dit, l’humain n’est pas une chose : il est ce “ presque rien ” de vivant qui est tout. Nous pouvons tenter d’analyser cet humain sans prétendre l’objectiver, mais le seul “ humain ” à portée de nos instruments d’analyse est en priorité l’humain à la première personne : c’est bien de moi dont il s’agit, traversé par un mouvement intérieur ou me déplaçant vers un ailleurs, que j’observe, dont je prends conscience et conscience de ma conscience etc., à la puissance “ n ”, sans oublier le grand sac de “ l’inconscient ” dans lequel je cache plus ou moins consciemment tout ce qui me dérange. Je puis en deuxième lieu et en même temps examiner l’humain dans le miroir de la deuxième personne : je te regarde et tu me regardes, je te parle et tu me parles, ce qui te touche me touche, et je peux analyser cela en vérité, pour autant que, dans l’exacte mesure où, je suis concerné. En troisième lieu, je peux regarder l’humain à la troisième personne, d’un peu plus loin, mais il est à craindre que je sois trop loin, que je ne voie de l’humain que ce qu’en voit le zoologue penché sur sa fourmilière, c’est-à-dire le coté animal, l’humain n’entrant dans aucun microscope ! J’ai reçu en héritage, entre autres, le réflexe maladif et invalidant de me voir au premier rang dès que je regarde un groupe humain ! Je dirais positivement qu’il me faut être au maximum lucide sur ma subjectivité, si je veux être un minimum objectif. Ou encore que la première objectivité est de reconnaître ma subjectivité ! La seule personne pertinente pour parler d’humanisation serait le “ nous ”, unité miraculeusement plurielle, faite de la rencontre d’infinité d’instants et de souvenirs, comme autant de miroirs dans lequel jouent et se combinent une infinité de points de vue.
L’humanité n’existe pas à proprement parler, pas plus que la spiritualité, ou la liberté, ou la démocratie, ou l’amour, etc., sauf à les considérer, comme certains qui parlent en public, comme des produits dont on peut acheter l’exclusivité ! Non ! Ce qui est la marque de l’humain ne se trouve pas dans la continuité de l’intervalle, mais dans la fulgurance insaisissable de l’instant, dans le présent éternel de l’acte “ en train de se faire ” ou de la vérité entrevue. Dès lors il devient évident que, loin de tout exclusivisme, toute voie, fut-elle moyenne, spacieuse et facile, d’humanisation en humanisation, est chemin vers nous-mêmes. Oui ! L’humanité n’est ni une chose, ni un état, ni un label, ni une morale, encore moins une culture ou une façon de vivre ; l’humanité est le mouvement même de notre humanisation.
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