les trois ordres
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les trois ordres

l'humain, composé organique hautement improbable de corps, de pensée et d'âme
 
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 boudha et moi

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MessageSujet: boudha et moi   boudha et moi Icon_minitimeVen 25 Mar - 9:58

Je suis loin d’être un spécialiste de Bouddha, mais il me semble le connaître un peu à travers ce que m’en ont dit des disciples, rencontrés dans la vie ou les média. Evidemment entre Bouddha et ses disciples, il y a un fossé presque infranchissable, et entre ces disciples et moi il y en a encore un autre… Deux fossés « presque » infranchissables entre Bouddha et moi rendent hautement improbable une rencontre et une vraie connaissance, mais est-ce vraiment important ? Et qui pourra jamais prétendre avoir rencontrer Le Vrai Untel ? Et Le Vrai Untel existe-il en lui-même ?! L’autre, qu’il soit Monsieur Bouddha ou Monsieur Untel, n’existe-t-il instantanément que dans la perspective du témoin de la scène, où ce Monsieur dit telle parole ou accomplit tel acte, à tel moment et à tel endroit ! Je suis ce témoin, conscient de sa subjectivité qui grève fortement son témoignage.
Ici, comme ailleurs, l’autre, Monsieur Bouddha en l’occurrence, n’est là que comme prétexte, pour me permettre d’avancer dans ma pensée, cette pensée dont d’après ce même Monsieur, il faut absolument se débarrasser.
De plus ce Monsieur prône l’équilibre, et comment rencontrer un autre si ce n’est en se déséquilibrant dans sa direction ?!
Et nous entrons deux fois dans le paradoxe omniprésent, dénoncé par Jankélévitch à longueur d’écrit.
1er paradoxe : se libérer de toute pensée
D’après Bouddha, il faut absolument se débarrasser de toute pensée !
Il est vrai que je dois me libérer de ma pensée pour avancer
Tous les sages l’ont dit à leur manière, parmi lesquels je ne citerai que Jésus, celui qui m’est le plus familier : « Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n’entrerez point dans le Royaume des cieux… » Mat 18, 1-5.
Sans prétendre comme la plupart des commentateurs enfermer la pensée de Jésus, je peux comprendre cette parole comme une invitation à me débarrasser, entre autres, de toutes les représentations, pensées et arrière-pensées qui se sont inscrites en moi au cours de mes expériences antérieures, su je veux aborder le monde extérieur et les autres avec un regard d’enfant, tout neuf, innocent, littéralement un regard « qui n’a aucune intention de nuire ».
Question : Comment un regard peut-il nuire ? Réponse : En déformant ce qu’il voit !
Question : Comment peut-il déformer ce qu’il voit ? Réponse : En le comparant, et en le rapportant, et en le ramenant à ce qu’il a déjà vu dans le passé !
Question : Quelle en est la conséquence ? Réponse : Il me ferme définitivement la porte à toute nouveauté : il me rend prisonnier de mon passé !
Voilà exposée, par A plus B, la teneur de cette pensée de sagesse présente particulièrement dans le bouddhisme… pour le peu que j’en « connaisse ».
Néanmoins ceci est encore une pensée !
Cette pensée qui condamne toute pensée se dispense elle-même de toute condamnation, se met à part, se considère en quelque sorte au-dessus du lot, au-dessus des lois qu’elle érige : quelle dictature malhonnête et prétentieuse !
Cette pensée est à tout le moins hautement suspecte. Jankélévitch dénonce mieux que quiconque cette prétention : « La pensée … est un rapport qui pense d’autres rapports, un rapport pensant et donc immanent (même quand elle les transcende) à la sphère des rapports pensés... La pensée est … posée simultanément comme rapport pensant et rapport pensable, sujet existant et vérité-objet, c’est-à-dire en définitive, pensée de soi. ».
Prétendre se débarrasser de sa propre pensée, c’est prétendre sortir de soi. Il est vrai que nous vivons parfois des expériences de sortie-de-soi ou extase, mais reconnaissons que ce ne sont que des expériences instantanées dont nous ne pouvons rien dire et que nous ne pouvons en aucun cas prolonger. C’est ce que Jésus tente de faire comprendre à Pierre, Jacques et Jean désireux de prolonger l’extase et de s’installer sur la montagne de la transfiguration : nul humain ne s’installe dans l’extase !
A moins qu’elle ne nous invite à ne plus penser du tout
Ou alors cette pensée est honnête et va jusqu’au bout de son affirmation, en se condamnant elle-même ! Mais est-il possible pour un humain de rester humain en ne pensant plus ? Constamment, en tous lieux, tous temps et toutes cultures, des humains se mettent en scène et prennent des postures, pour démontrer à eux-mêmes et à qui veut bien les entendre qu’ils sont libérés de toute pensée… et ne démontrent évidemment rien d’autre que leur sottise.
Personnellement j’ai rencontré beaucoup de personnes de ce style parlant abondamment pour prouver qu’ils ne parlaient pas, mais, à part ces charlatans ou ces sots, je n’ai trouvé que des objets, des animaux et des défunts capables d’être sans penser ! Seuls, des regards bovins ou éteints ne portent aucun jugement, aucune appréciation et se contentent d’évaluer le danger ou l’opportunité qui se présentent… ce qui pourrait d’ailleurs être assimilé à une pensée ??!!
La plupart du temps, il s’agit de personnes incapables d’assumer les choix et les erreurs et les compromissions auxquels aboutissent inéluctablement les moindres pensées humaines !
A moins encore qu’elle ne soit que « presque juste »… ou presque fausse
Comme le disait Jankélévitch, la pensée est un rapport, et, il ne peut y avoir rapport qu’entre deux termes, l’un étant la rencontre ici et maintenant d’un être nouveau, l’autre étant la représentation emmagasinée de la rencontre dans le passé d’un être semblable ou approchant ! Donc si tant est que la pensée n’est pas un moindre mal mais une composante essentielle de notre être au monde, nos représentations passées doivent avoir toute leur place, mais rien que leur place.
Si nous les refoulons pour être totalement innocent, comme l’agneau qui vient de naître, ou transparent comme se veut le pouvoir actuel, ce-qui-se-présente nous trouve démunis, sans point d’appui, sans système de référence, sans échelle d’évaluation, dans l’incapacité d’élaborer la moindre pensée, de prendre la moindre décision.
Inversement, si elles sont trop présentes, trop bien structurées et assises, transformées en certitudes intangibles et en vérités révélées, ce-qui-se-présente nous offre seulement l’occasion de sortir nos vieux poncifs, de justifier les décisions déjà prises : nous sommes incapables d’accueillir la nouveauté, de nous laisser questionner par elle.
Nous touchons là le fameux organe-obstacle cher à Jankélévitch : les représentations emmagasinées en nous représentent le passé élaboré qui nous constitue et nous permet d’appréhender le présent pour mieux nous projeter dans l’avenir… pour peu que leur poids ne nous retiennent pas en arrière.
2ème paradoxe : rechercher l’équilibre
Toujours d’après Bouddha, il faut rester en équilibre : c’est, du moins, ce que suggère sa statue omniprésente à travers les représentations du Bouddhisme, celle du sage en position de lotus. Mais le mouvement n’est-il pas ce qui nous caractérise nous les vivants avec le désir qui l’appelle.
En fait les deux mouvements, celui de la pensée et celui du corps, ne sont qu’un seul et même mouvement, comme le démontrent chaque jour les découvertes des neurosciences entre autres. Dernièrement, un savant a démontré que, dans les mouvements intentionnels proches, le mouvement précède la décision, ou du moins l’activité cérébrale qui correspond à la prise de décision, activité qui est elle-même assimilable à un mouvement, à un flux entre neurones ! Voilà donc définitivement dépassée la séparation, commode pour l’analyse et dangereuse pour la philosophie, de la pensée et du corps.
Ceci étant, il est facile de faire le parallèle entre les deux paradoxes du Bouddhisme, qui ne sont, dès lors, qu’un seul et même paradoxe. La position du lotus familière au Bouddha, position d’équilibre parfait, d’accueil et d’immobilisme, marche de pair avec l’immobilité de l’esprit, la mise au repos de l’activité de pensée, accueil et immobilisme.
Je subodore, dans le bouddhisme, la même volonté, le même désir, que dans le christianisme, celui de gommer la séparation entre la vie et la mort, en un mot, de se prendre pour dieu ! En effet l’immobilité du Bouddha ressemble au masque de la mort, et cette immobilité est sensée nous faire entrer dans la vraie vie… qui, en fait, n’est pas une vie !
Finalement je préfère tenter d’être moi
Finalement, c’est toujours comme ça avec les disciples des grands hommes, qu’ils s’appellent Bouddha, Jésus, Socrate, Mahomet ou autre ! Ils les ramènent toujours à leur image de petits humains se prenant au sérieux, de grenouilles voulant se faire aussi grosses que le bœuf.
Il serait tellement plus simple d’accueillir la naissance, la vie et la mort comme des choses très naturelles, comme les moments de notre inscription dans le mystère de la création et du temps qui ne sont qu’un seul et même mystère.
Il est évident que, avant de prendre une décision, « il faut s’asseoir » avec Jésus, ou prendre la position du lotus avec Bouddha, bref, réfléchir, prendre le temps d’accueillir la nouveauté « dans une outre neuve », de la comparer aux représentations du passé sans l’y enfermer. Tout comme il est évident que pour marcher il faut passer de l’équilibre acquis dans le passé au déséquilibre motivé par le désir présent pour se diriger vers un avenir, de l’un à l’autre et de l’un par l’autre : le fameux organe-obstacle dont parle Jankélévitch.
Mais, si s’asseoir est nécessaire pour réfléchir et avancer dans la bonne direction, être bien assis, être trop bien assis, dans la société et dans son fauteuil, peut constituer une raison d’état, c’est le cas de dire, suffisante pour ne plus vouloir bouger du tout, ni dans un sens ni dans l’autre !
L’ennui avec les disciples, c’est qu’ils cherchent moins la vérité que leur propre justification. Rejeter toute pensée comme venant du passé revient à dire avec je ne sais quel sage « je sais que je ne sais rien ! ». L’ennui avec les disciples c’est que, répétant ces mots du maître, ils n’en deviennent pas, comme lui, plus humbles devant le mystère de la vie; mais, au contraire, plus bêtement fiers d’un nouveau savoir, celui de ne rien savoir !
L’ennui avec les disciples, c’est qu’ils veulent être maîtres à la place du maître et c’est tout, alors que Jésus, Bouddha et autres Mahomet n’ont jamais voulu pavaner en maîtres.
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