les trois ordres
Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.

les trois ordres

l'humain, composé organique hautement improbable de corps, de pensée et d'âme
 
AccueilRechercherS'enregistrerConnexion
Le Deal du moment : -9%
Nintendo Switch (OLED) avec station d’accueil et ...
Voir le deal
319.99 €

 

 jusqu'à la mort... impossible éthique!

Aller en bas 
AuteurMessage
jfvernay
Invité



jusqu'à la mort... impossible éthique! Empty
MessageSujet: jusqu'à la mort... impossible éthique!   jusqu'à la mort... impossible éthique! Icon_minitimeSam 8 Jan - 14:59

1 Position de notre problème humain (moral) :
1.1 Interpellation radicale par Michelstaedter :
La persuasion et la rhétorique est un cas unique dans l'histoire de la philosophie. Carlo Michelstaedter (1887-1910) l'écrivit à 23 ans et se donna la mort le lendemain même de l'achèvement de ce qui devait être sa maîtrise de philosophie.
Un commentaire parmi d’autres : « Michelstaedter est ce qu'il est convenu d'appeler un penseur inactuel. En se tirant une balle dans la tête dès le moment qu'il avait terminé son ouvrage, Michelstaedter a scellé cette posture : le livre d'un suicidé est toujours, de quelque façon, inactuel puisqu'il est de quelqu'un que l'acte d'écrire a conduit à faire cesser le cours du temps. ».
« Le livre d’un suicidé est… inactuel… », ou, au contraire, éternellement actuel ! En refusant de « retomber », en se tirant une balle en plein envol (car son œuvre est un envol !), Michelstaedter a, en quelque sorte, fixé cet envol comme sur un instantané, s’est immortalisé comme un oiseau dans un ciel absolu, à un instant éternellement présent. Désormais et pour les siècles des siècles, Michelstaedter prend son envol, sans nulle retombée, sans nulle compromission avec la pesanteur, tel un Jonathan le Goéland, appelant ses congénères humains à s’envoler, toujours plus haut et plus vite, au-dessus de leurs petites affaires, de leurs vies mortes nées, de leurs morales bourgeoises et de leurs auto-justifications rhétoriques. La persuasion dont il est persuadé et dont il nous parle ne « tournera » jamais en rhétorique ! En se tuant, il a définitivement cloué son intermédiarité, son ambiguïté, son ambivalence, tous mélanges qui sont le propre de notre humanité.
Cela valait-il la peine de tout sacrifier, jusqu’à sa vie ? C’est une question à laquelle tout un chacun s’attachera à répondre, ou à ne pas répondre en faisant de la rhétorique : de toutes façons, la rhétorique religieuse, psychologique et économique, aux mains du pouvoir religieux, psychologique et économique (à l’époque de Jésus ces pouvoirs étaient officiellement dans les mêmes mains ; aujourd’hui ils le sont toujours mais clandestinement !) fera son travail de récupération comme elle l’a toujours fait, c’est-à-dire en fermant toute possibilité d’entendre, de comprendre vraiment ! Pour ma part, j’ai des oreilles pour entendre, j’entends la réponse de Michelstaedter, et elle me séduit de plus en plus… Il est vrai que j’arrive à la fin de ma vie et que le sacrifice n’est plus tout à fait le même, mais j’y reviendrai ! À chacun la liberté d’écouter les sirènes de la rhétorique officielle ou d’entendre les paroles de Michelstaedter : que les premiers arrêtent là et que les seconds me suivent.
1.2 Proclamation du problème par Michelstaedter :
Je veux simplement ici plaider la cause de Michelstaedter et de tous les philosophes qui ont donné leur vie, en abandonnant précisément la lecture rhétorique qui en a été faite après eux (volonté de Dieu, sacrifice, salut du monde, sacrifice expiatoire, psychologie, sociologie, etc. ) ! Evidemment, si je plaide leur cause, c’est que je la fais mienne (je m’expliquerai la dessus plus loin), car tout un chacun ne fait jamais que plaider sa propre cause !
Sans donc « faire de rhétorique à propos de », je donne la parole à Michelstaedter dans la Préface de La Persuasion et la rhétorique :
« Parménide, Héraclite, Empédocle le dirent aux Grecs, mais Aristote les traita de naturalistes inexperts ; Socrate le dit, mais on édifia sur ses propos 4 systèmes. L'Écclésiaste le dit, mais ils le traitèrent et l'expliquèrent comme un livre sacré qui dès lors ne pouvait rien dire qui fut en contradiction avec l'optimisme de la Bible ; le Christ le dit et on bâtit sur ses paroles une Église. Eschyle et Sophocle et Simonide le dirent, et Pétrarque le proclama triomphalement aux Italiens, Leopardi le répéta avec douleur — mais les hommes leur furent reconnaissants de ces beaux vers, et s'en firent des genres littéraires. Si à notre époque les créatures d'Ibsen l'incarnent sur toutes les scènes, les hommes "se divertissent" en écoutant, parmi tant d'autres, ces histoires "exceptionnelles" et les critiques parlent de "symbolisme" ; et si Beethoven le chante si bien qu'il émeut le cœur de chacun, chacun utilise ensuite l'émotion à ses fins propres – et au fond... c'est une question de contrepoint ».
Cette citation suggère l’idée d’une tradition philosophique, sans cesse en butte aux attaques, trahisons et récupérations d’un courant philosophique dominant, à la solde du pouvoir totalitaire et universel de l’argent, qui, en coulisses comme dans les théâtres de marionnettes, manipule tous les autres pouvoirs (religieux, politique, et scientifique). Michelstaedter se range lui-même (et moi avec), dans cette tradition philosophique portée par un genre d'hommes obsédés par un unique souci éthique et absolu :
«Moi, je sais que je parle parce que je parle, mais que je ne persuaderai personne.» C'est ainsi que Michelstaedter s'adresse à ses professeurs dans la préface de ce travail universitaire inconvenant, qui se proposait d'étudier les concepts de persuasion et de rhétorique chez Platon et Aristote, prédisant que lui-même serait l’objet de la même incompréhension ou, plutôt, de la même récupération de la part de ceux qui « ont des oreilles pour ne pas entendre ». Matthieu 13.1-23
1.3 Position du problème par Michelstaedter :
Le souci éthique de ce genre d’hommes, leur quête d’absolu, de « l’inaccessible étoile », est exprimé par Michelstaedter dans les citations qui suivent, et auxquelles je me permets d’accoler des paroles de Jésus, mais il est évident pour tout homme qui a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre que beaucoup de paroles de beaucoup de philosophes pourraient être mises en parallèle :
• Sous forme négative, comme mensonge dénoncé : « Lorsqu'une chose, pour être dite, ne possède pas en soi la raison, il faut lui imaginer une cause occasionnelle en vertu de laquelle, une fois dite, elle paraisse raisonnable » (Appendices critiques IV, p. 154). « Quand vous parlez, dites oui ou non : tout le reste vient du Malin ! » Matthieu 5, 37.
• Sous forme de conseil : «L’homme, dans la nuit, allume une lumière pour lui-même. » Appendice à La persuasion et la rhétorique. « La lampe du corps, c’est l’œil. Si donc ton œil est sain, ton corps tout entier sera lumineux. Mais si ton œil est malade, ton corps tout entier sera ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ! » Matthieu 6. 22 .
• Sous forme de combat : « Guerre aux mots avec les mots ». Appendice à La persuasion et la rhétorique. « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre, je ne suis pas venu apporter la paix mais l'épée… » Matthieu 10, 34-35.
• Sous forme d’absolu : « L’absolu, je ne l’ai jamais connu, mais je le connais comme celui qui souffre d’insomnie connaît le sommeil, celui qui regarde l’obscurité connaît la lumière » La persuasion et la rhétorique. « Le Royaume des Cieux est ainsi comparable à un trésor caché… » Matthieu 13.44.
• Un absolu qui ne peut être que éthique, lié à la justice : « Ce que tu fais, à l'instar de quoi le fais-tu ? » La Persuasion et la rhétorique, p. 67. « Cherchez premièrement le Royaume de dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus. » Matthieu 6.33, et encore cette phrase de la Genèse : « Qu’as-tu fait de ton frère ? ».
Evidemment, face à cette exigence absolue de l’éthique ou amour fraternel proclamée par tous ces philosophes seuls dignes de ce nom, face à ce devoir infini envers tout autre humain, nos pauvres limites humaines paraissent ridiculement et dramatiquement étriquées. Je ne parle que pour moi et ceux qui, comme moi, sont sérieux, essayant d’ajuster leurs actes à leurs paroles, de prendre les moyens de leurs fins ; je laisse de côté tous les professionnels de la rhétorique que sont les hommes de pouvoir,celui omniprésent et tout-puissant de l’argent, ceux qui squattent les média et ceux qui les écoutent : chez eux aussi, le cœur a ses raisons, mais uniquement dans leurs discours ; dans leurs actes, c’est toujours la fameuse raison d’Etat qui l’emporte, miraculeusement compatible avec leurs intérêts et ceux de leurs proches !
2 Nos solutions humaines
Reformulons l’impossibilité éthique à laquelle nous sommes confrontés en tant qu’humains avant de dessiner ensemble les postures éthiques possibles.
Nous avons déjà cité Otto Weininger2 qui parle de « l’impossible coïncidence entre faits et valeurs, existence et sens, dire et faire,… ». Mais j’emprunterai à Jankélévitch les formulations suivantes : « L’homme est un être fini à qui incombe un devoir infini, et qui aime son prochain d’un amour infini…Comment un être fini, limité dans le temps et dans ses pouvoirs, peut-il assumer un devoir infini ? Cette tâche démesurée est une tâche impossible a priori, une charge que les épaules humaines ne peuvent supporter. Non, ce n’est pas là un programme vraiment sérieux et réaliste pour les hommes… Celui qui aime sans partage, qui aime intensément, durablement, infatigablement, celui-là aime peut-être à la folie, mais non pas à l’infini : car il n’est qu’un homme !... ».
Face à cette impossibilité, nous nous déplaçons selon les circonstances le long d’une échelle qui va de l’égoïsme le plus parfait possible au sacrifice, en passant par une multitude d’arrangements qui sont autant de compromis voire de compromissions avec ce devoir moral infini. Je propose de décrire quelques échelons de cette échelle, que notre vie humaine nous invite à « monter » pour passer de l’animal au divin :
2.1 Le point de départ, l’égoïsme parfait :
C’est la posture la plus naturelle, celle de laquelle nous partons pour ainsi dire et qui s’exprime dans l’adage bien connu : « On est jamais mieux servi que par soi-même ! ». C’est l’instinct de survie : je sais instinctivement, c’est-à-dire d’un savoir infiniment certain, que ma survie dépend de moi et de ma capacité de faire respecter mes droits (au moins à la vie, à la nourriture et au sommeil) par la force, la ruse ou la séduction.
Il est raisonnable de penser que tout nouveau-né commence l’ascension de la vie au bas de l’échelle, à cet échelon, et que les « risettes » qu’il prodigue sont autant de tentatives de séduction de la part d’un être qui « n’a pas la loi ». Pourtant, l’humain ne stationne pas un millionième de seconde sur cet échelon du bas, parce que, dès le ventre de sa mère, il a entendu l’appel à l’amour et qu’il a commencé sans le savoir à y répondre, à devenir humain, dès avant sa naissance, à prendre conscience.
2.2 Le point d’arrivée, le pur sacrifice :
Sur cet échelon du haut, celui du « pur amour », sans aucun mélange d’intérêt, du vivre pour l’autre sans raison et sans restriction et jusqu’à la mort y comprise, simplement parce qu’il s’agit d’un frère humain, nul ne stationne non plus… Celui qui y pose un pied n’est déjà plus : il n’a pas survécu à son acte d’héroïsme, à son sacrifice.
2.3 L’entre-deux, les échelons intermédiaires :
Ce sont les multiples échelons de notre humanité, les degrés que nous tentons de monter jusqu’à notre humanité.
Dans cet entre-deux, il y a ceux qui cherchent uniquement à s’installer confortablement sur un des échelons, adeptes du « juste milieu » ou chrétiens du dimanche matin, et ceux qui cherchent à monter toujours plus haut. Si j’en parle si savamment, c’est que j’ai expérimenté (comme tous les humains ?!) les deux postures, mais il me semble que, désormais, je me range parmi les seconds, le « genre d’hommes » décrits plus haut avec Michelstaedter, et que je ne peux redescendre vers les premiers que temporairement et pour des laps de temps de plus en plus courts !
1) Ceux qui cherchent à s’installer confortablement sur un des échelons :
Ce sont les adeptes du « juste milieu » ou les chrétiens du dimanche matin : ils regardent plutôt vers le bas, mesurent avec complaisance les échelons qu’ils ont gravi et tendent volontiers une main secourable à ceux qui sont encore plus bas !

a) ils sont réalistes :
« La philosophie du juste milieu vise… l’optimum, et l’optimisme qui est la philosophie de cet optimum… L’équidistance… et la proportion elle-même sont des symboles de justice. Ici apparaît pourtant l’ambiguïté de ce juste milieu… à mi-chemin du trop et du pas-assez, parfaitement en équilibre… Parfaitement, ou plutôt, passablement ! Parfaitement et moyennement tendent ici à se confondre… Cette zone est la zone de la mitoyenneté ou, si l’on peut ainsi s’exprimer, des perfections moyennes. Et en premier lieu de la modestie : par opposition à l’humilité extrême… la modestie réserve sa modeste part. Tel est surtout le rapport de la justice à la charité : la déchirante, l’absurde charité reconnaît le droit des autres en sacrifiant injustement son propre droit ; la justice est plus proche de la vérité rationnelle et même de la logique et de l’arithmétique ; le juste ne s’oublie pas lui-même et se considère légitimement comme un de ces autres qu’il respecte. Par opposition à une impossible pureté métempirique ,… la sincérité ne prétend pas être … sincère à cent pour cent, pure de toute réticence et de toute arrière-pensée, mais elle tient compte autant que possible des circonstances et de la totalité du donné psychologique. Et il y a encore une foule d’autres vertus, de perfections mineures dans cette vallée de l’existence moyenne : la discrétion et la retenue…, la timidité, la pudeur enfin, et surtout la mesure…. ».
La sagesse populaire résume bien la position dans cet adage : « Charité bien ordonnée commence par soi-même ! ».

b) ils ont conscience de leurs devoirs :
Mes devoirs envers les êtres chers m’imposent de rester en vie et en bonne forme ! « C’est le sérieux héroïque d’un amour sincère qui m’ordonne de vouloir, avec le bonheur de l’aimé, les moyens de ce vouloir… Ici la compénétration intime de l’amour infini et du désir de vivre écarte à priori tout cas de conscience…7 ».
Le même adage populaire peut être resservi, élargi aux siens : « Charité bien ordonnée commence par soi-même et les siens », comme si ce mouvement d’élargissement pouvait gagner de proche en proche tout le genre humain. Le piston, le favoritisme, le népotisme, le chauvinisme et le copinage, qui prévalent dans toutes les couches de toutes les sociétés, en sont l’illustration toujours et partout actuelle.

c) mais leur bonne conscience est fragile :
Leur bonne conscience, leur optimisme, ne résiste pas à l’exigence éthique. « La bonne moyenne, adaptée à l’impur et aux compromis, ne réussit pas la grande percée qui lui permettrait de transcender ce monde de relativité et de médiocrité. L’idée même d’une posologie morale (quelle dose ? envers qui ? à quel moment ?...) sous-entend la finitude foncière du devoir et de l’amour.
Ma conscience, pour peu que je l’interroge, me dit combien ce prétendu amour du « juste milieu » n’est pas de l’amour. Qu’est ce devoir moral qui restreint son prochain au cercle familial ou à l’entourage ? Qu’est cet amant « qui aime l’aimée à partir de tel ou tel degré et jusqu’à un certain point », ou qui, ayant un rendez-vous avec l’aimée, annonce à l’avance : j’attendrai ce soir l’aimée jusqu’à dix-huit heures, mais pas davantage6 ? ».
Le dosage de son effort en fonction des circonstances, des possibilités physiques et de l’emploi du temps, les demi-mesures, le travail à mi-temps, les compromis et les distinguo… deviennent dérisoires quand il s’agit de l’obligation morale, et plus encore quand il s’agit d’amour ! Saint Paul l’exprime dans son hymne à l’amour , et Saint Augustin confirme : « La seule mesure de l’amour est d’aimer sans mesure ».

d) Pourtant ils sont légion à être ainsi réalistes ou résignés :
Il y a ceux que Kierkegaard appelait les chrétiens du dimanche matin… Une fois par semaine, n’est-ce pas une périodicité des plus raisonnables et une promesse d’équilibre pour la complaisance bien-pensante ?
Et, de la même façon, il y a ceux que j’appellerais les laïques des petits gestes quotidiens et du cercle familial…
Qu’il soit religieux ou laïc, quand l’homme de devoir est l’homme d’une obligation programmée dans l’emploi du temps, chronométrée et limitée aux petites gestes quotidiens, délimitée à l’entourage, la paroisse ou la confrérie, c’est qu’il décrète à tel ou tel moment : en voilà assez ! Jusqu’ici, pas trop loin de moi, et pas au-delà ! Quand il veut se donner bonne conscience il dit qu’il est réaliste ; quand il veut aller au plus profond de lui-même, il reconnaît qu’il est résigné… résigné à la rhétorique !
2) Et ceux qui cherchent à monter toujours plus haut :
Mais les chrétiens comme les laïcs peuvent tenter d’aller toujours plus loin… Ceux-là regardent vers le haut, à l’infini, vers l’inaccessible étoile qui est l’amour : « vivre-pour-l’autre-quel-qu’il-soit-à-en-mourir ». J’en suis, comme Michelstaedter en était, avec la tradition philosophique dont il se réclamait, et avec tous les humains dignes de ce nom.

a) Je suis toujours en vie :
Cette simple constatation démontre que je n’ai encore jamais aimé jusqu’à l’extrême : j’ai aimé, je peux même dire qu’il me semble avoir aimé jusqu’à la mort, mais la mort étant exclue, jusqu’au dernier instant, à l’exception de ce dernier instant. Il s’en est fallu parfois d’un presque-rien, mais, jusqu’à aujourd’hui, la Providence, ou plutôt moi-même inconsciemment, a disposé secrètement quelque part un filet pour recevoir le rescapé du saut périlleux… Il me manque d’avoir franchi effectivement le seuil de la mort !
Plusieurs fois, il m’est arrivé de prendre mon élan pour sauter à l’infini vers le dernier échelon, celui du pur amour et du sacrifice héroïque, et, chaque fois, je me suis rattrapé sur un échelon plus bas, l’avant-dernier, le pénultième, ou plutôt l’antépénultième ! Mon dévouement est sérieux, mais il n’est pas passionné car il garde quelque chose par devers lui.

b) Un jour je donnerai ma vie :
« Le dévouement qui se dévoue corps et âme jusqu’à la mort comprise, il s’appelle le sacrifice !7 ». Je remarque que nombre des philosophes mentionnés par Michelstaedter et lui-même ont témoignés jusqu’à la mort comprise, jusqu’au sacrifice ; qu’on appelle cette mort exclusion, suicide, condamnation, obéissance au dieu ou don pour le salut du monde, ce n’est que rhétorique au service d’un pouvoir !
Un jour je donnerai ma vie : qu’importe que ce soit de vieillesse, pourvu que ce soit par amour.
3 Philosophie :
Une impression désagréable de « déjà vu » se dégage de ce qui précède, celle d’une séparation plus ou moins arbitraire, idéologique, subjective, entre les « bons » et les « mauvais », entre les bons philosophes et les mauvais, entre les bons humains et les mauvais ! Ce manichéisme qui dans les westerns nous arrange, nous dérange dans la réalité. En ce qui concerne les humains, j’ai déjà précisé et je répète que, tous, nous passons selon les époques de notre vie d’un côté à l’autre ; j’ai même affirmé, avec optimisme, que les retours dans le camp des médiocres, pour ne pas dire des mauvais, étaient de plus en plus rares et de plus en plus courts ! En ce qui concerne les philosophes, il n’en est pas de même, et il y aura toujours et sous tous les cieux des bons et des mauvais, et cela pour deux raisons principales.
1) Mise en perspective des philosophes :
Tout d’abord, chaque philosophe, pour mieux asseoir sa pensée contre, « tout contre », celle de ses prédécesseurs, se croit obligé de la simplifier à l’extrême jusqu’à la falsifier pour mieux la renier ! Il en est ainsi de toute pensée humaine : il ne viendrait à l’idée de personne d’écrire un livre pour dire qu’un tel a parfaitement raison, et, plus généralement, il est plus courant de s’exprimer sur ce qui ne va pas que sur ce qui va ! « Ce qui va » va de soi et il n’est nul besoin d’en faire des romans ! Ainsi le pauvre Descartes est devenu, à son insu et à la plus grande gloire de ses successeurs, le plus illustre des débiles légers : ces derniers n’hésitent pas à l’enfermer dans un dualisme « corps esprit » rigide, allant jusqu’à lui faire affirmer qu’il n’existe aucun rapport entre les deux !
Il convient donc de relativiser ces désaccords entre philosophes et d’aller y voir d’un plus près chaque fois qu’un philosophe est critiqué par un autre : le plus souvent, il ne sert que de repoussoir, de faire-valoir, et il convient de lui rendre justice, de « rendre à César ce qui est à César » !
2) Entre persuasion et rhétorique :
Comme il y a toujours eu des faux prophètes, qui sont presque toujours des prophètes de cour, et des vrais prophètes , il y a toujours eu des faux et des vrais philosophes !
Les faux prophètes ne se reconnaissent pas aux signes plus ou moins miraculeux qui accompagnent leurs paroles, parce qu’ils sont capables de donner le change à n’importe qui par leurs pouvoirs magiques et leurs sortilèges ! Mais ils ne parlent pas au nom de dieu, ils parlent au nom des intérêts du pouvoir de l’argent, autrement dit au nom de la raison d’Etat.
De même, on trouve chez les philosophes de nombreux techniciens, rhétoriciens, scientifiques (historiens, sociologues, politologues etc.), fous du roi et conseillers, qui ne parlent en aucune manière « au nom de dieu », c’est-à-dire au nom de la transcendance qui est dans l’homme (expression paradoxale s’il en est !), qui a pour noms « dieu », « amour », « persuasion », « devoir moral », « liberté », « absolu » qui fait qu’il y a dans l’homme plus que l’homme.
Tout philosophe digne de ce nom est simplement un humain, témoin étonné de l’émergence de sa propre conscience et donc de sa liberté d’ « être au monde », une conscience et une liberté qu’il éprouve dans son corps et qui, en même temps, dépassent infiniment la pesanteur et le déterminisme (mortalité comprise) liés à ce corps, qui le poussent à passer outre son instinct de survie, à donner sa vie pour l’autre ! Jankélévitch nomme « Philosophie première » la dialectique qui permet à la pensée dans le temps de se hisser jusqu’à la tangence instantanée avec cet inattingible absolu ! Michelstaedter la nomme «Persuasion ».
Peut-être aurait-on intérêt à distinguer philosophie et science, sachant qu’il est difficile de séparer le chemin scientifique qui mène à cette tangence,… autant qu’il était difficile de distinguer un magicien du Pharaon d’un vrai prophète !
3) Ma philosophie :
Il me faut définitivement jeter aux orties la « bonne conscience » et le « bonheur » et le consensus mou et la séduction et la renommée ; il me faut épouser la mauvaise conscience et le malheur comme partage de la misère des pauvres et le rejet de la considération people, si je veux devenir humain. Jusqu’où ? Jusqu’à la mort comprise !
Revenir en haut Aller en bas
précisio
Invité



jusqu'à la mort... impossible éthique! Empty
MessageSujet: nécessaire dialectique   jusqu'à la mort... impossible éthique! Icon_minitimeMer 23 Fév - 11:01

Jankélévitch nomme « Philosophie première » la dialectique qui permet à la pensée dans le temps de se hisser jusqu’à la tangence instantanée avec cet inattingible absolu ! Michelstaedter la nomme «Persuasion ».
En reprenant la parole, je "dialectique" bien, c'est-à-dire je poursuis, seul ou avec d'autres, le dialogue par lequel je tente de me hisser jusqu'au seuil du mystère. Je crois que la persuasion dont parle Michelstaedter n'est précisément pas la dialectique, mais le saut qui survient gratuitement, mystérieusement et instantanément, et qui me projette dans une intuition instantanée à la frange du mystère, délivré instantanément de toutes mes questions, doutes, pensées, tergiversations et retours sur moi, en un mot persuadé![b].
Inutile de dire (et c'est pour cela que je le dis!) que, si ce saut advient comme un cadeau, sans effort, porté par la grâce, sans mérite et sans prévision possible, il ne peut advenir que dans la vie de quelqu'un qui a travaillé ardemment, qui a grimpé dans la nuit, la douleur et les larmes tous les échelons de la dialectique, et qui y a consacré toutes ses forces, toute sa pensée, et toute son âme.
Inutile de dire (encore!) que cet instant est fugace et qu'il retombe dans le même instant dans le doute, l'angoisse et le tremblement, et donc dans la laborieuse et douloureuse, rassurante et ronronnante dialectique!
Revenir en haut Aller en bas
 
jusqu'à la mort... impossible éthique!
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
les trois ordres :: philosophie :: débats-
Sauter vers:  
Ne ratez plus aucun deal !
Abonnez-vous pour recevoir par notification une sélection des meilleurs deals chaque jour.
IgnorerAutoriser