les trois ordres
Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.

les trois ordres

l'humain, composé organique hautement improbable de corps, de pensée et d'âme
 
AccueilRechercherS'enregistrerConnexion
-65%
Le deal à ne pas rater :
Gears 5 – Jeu Xbox One
13.88 € 39.99 €
Voir le deal

 

 kierkegaard

Aller en bas 
AuteurMessage
Admin
Admin


Messages : 74
Date d'inscription : 27/07/2007
Age : 75

kierkegaard Empty
MessageSujet: kierkegaard   kierkegaard Icon_minitimeDim 5 Juil - 18:59

Kierkegaard, tel qu’en l’article de Maggiori Robert, lu par moi :
Je résumerais ma lecture dans une image, celle d’une grenouille dans un bénitier : c’est bien ainsi que m’est apparu Kierkegaard dans l’article écrit par Robert Maggiori à son sujet. Cette grenouille a entendu parler du monde extérieur à son bénitier, des étangs et des marais, des bagarres et des concerts de grenouilles, des pécheurs et des mangeurs de grenouille, des crapauds et des accouplements si bruyants qui donnent naissance à des têtards, et elle imagine avec envie et avec terreur, attrait et répulsion, les mille délices et les mille et un dangers de ce monde…. Elle voudrait sauter du bénitier, et partir à sa découverte, mais elle reste paralysée, prisonnière de son bénitier ! Pourquoi ? Seul un psychanalyste de grenouilles risquerait une explication, et encore ! Kierkegaard lui-même le met au défi d’y parvenir, et parle d’un secret caché « au tréfonds ». Secret de Polichinelle que cette peur dont l’ombre infinie se profile sur le mur des justifications que la grenouille s’acharne, dans une écriture ininterrompue, à dresser entre elle et ce monde, comme pour expliquer son choix qui n’en est pas un !
Robert Maggiori nous le raconte, Soren Kiergaard a découvert le monde en faisant le tour de la table de la salle à manger, la main dans celle d’un vieillard schizophrène, l’oreille attentive à ses descriptions fantasmées : son père, car c’est de lui dont il s’agit, coupé en deux entre sa perversité et son fanatisme religieux, avait définitivement choisi, pour survivre, de voir le monde, et lui-même dans le monde, tels qu’il les imaginait, c’est-à-dire comme un immense champ de tentations dans lequel se débattait le pauvre, mais fidèle, pécheur ! S’il est relativement facile d’imaginer des relations de cause à effet, il est pratiquement impossible d’imaginer l’amour, c’est-à-dire des relations sans cause et sans effet ; c’est précisément là que la foi s’avère bien utile, puisque l’amour de Dieu ressemble à s’y méprendre à l’amour de soi qui n’est qu’égoïsme, et la Bible a beau proclamer que « celui qui prétend aimer Dieu sans aimer son frère est un menteur », le croyant de mauvaise foi a toujours raison !
Beaucoup plus lucide et honnête que ce père pervers, Soren garde de cette éducation une incapacité à s’engager dans quelque relation que ce soit ! C’est bien connu, une grenouille qui veut se faire comme un bœuf, un chameau qui veut entrer par le chas d’une aiguille, ou un humain qui veut être saint, n’ont le choix qu’entre deux solutions, vivre dans l’illusion comme son père, ou vivre dans la crainte et le tremblement… et la paralysie, et c’est le cas de Soren. Cette incapacité à s’engager est vraie au plan professionnel : « incorporé dans la Garde royale, il sera réformé… Docteur en philosophie, il n’enseignera jamais… Théologien, il refusera de devenir pasteur... ». Elle l’est, plus dramatiquement, au plan affectif : « Soren connaît Régine… leur amour est immédiat… Il demande la main de Régine qui accepte… », et, un an plus tard, « il lui retourne sa bague de fiançailles… rompt définitivement » !
« Où Kierkegaard a-t-il « cherché la force d’écrire des milliers de page » ? » : interroge Robert Maggiori ? Mais simplement de l’obligation, pour un homme incapable de s’engager, de justifier ce « non choix », et du désespoir de ce même homme, s’il est honnête, de se rendre compte que son entreprise est vaine, et qu’il ne fait qu’habiller de nobles raisons une infirmité. En termes plus classiques, le père de Soren, n’a fait que transmettre à ses enfants, y compris Soren, la culpabilité qu’il ressentait à juste titre ; je soupçonne même que cette culpabilité était elle-même pervertie, perversion sur perversion, et que son poing levé vers Dieu a été pour lui un péché infiniment plus grave que le viol de sa jeune bonne !
De cette paralysie, Soren Kierkegaard a une claire conscience, qui lui permet de la déceler chez les autres, chez tous les philosophes, parmi lesquels il est vain de chercher un Socrate, et chez Hegel en particulier. Il décèle bien dans le choix le point de rencontre de l’homme avec l’absolu, mais, paralysé, il privilégie le seul choix de la foi, qui n’en est pas un, aux multiples choix concrets de l’existence. Le choix de la foi, qui serait d’après lui, le choix supérieur et ultime, est un non choix, dans le sens où il n’influe en rien ni sur Dieu ni sur l’homme, puisque Dieu est ou n’est pas, et que, s’il est, il fait lever son soleil sur les mauvais comme sur les bons ! L’exemple d’Abraham, le même que celui de Jésus, est d’ailleurs parlant : leur seul héroïsme, ou sainteté, a été de contester la religion de leur temps, au nom de l’amour humain. Tous deux ont été récupérés par le discours religieux, Abraham par les rabbins et Soren Kierkegaard, Jésus par un certain Paul qui, comme par hasard, avait lui aussi « une écharde dans la chair ».
Son honnêteté qui le conduit, contrairement à son père, à la claire conscience de sa condition humaine, le pousse à scruter anxieusement les parois de ce bénitier dans lequel il se débat, ce petit monde de Don Camillo ! De cet acharnement à décrire et analyser, avec extrême minutie et honnêteté intellectuelle, l’existence étroite de l’humain acculé à la liberté, naît l’existentialisme. Mais c’est un mort-né puisque, finalement, Soren Kierkegaard quitte l’existence pour consacrer comme ultime le stade religieux, lequel est tout sauf existentiel, fondé qu’il est sur des dogmes et des révélations.
Je résumerais l’apport de Soren Kierkegaard à l’analyse de l’incapacité philosophique de l’humain, à la prise de conscience par une grenouille qu’elle est moins grosse qu’un bœuf, et qu’elle est prisonnière d’un bénitier. Mais il est plus noble de parler « d’existant, d’individu, de nausée, d’angoisse, de désespoir etc. ».
Kierkegaard, tel qu’en ses écrits, lus par moi :
En fait de ses écrits, il s’agit uniquement de « La maladie à la mort » que j’ai lu avec un grand intérêt, du temps où, encore prêtre de l’Eglise catholique, je m’interrogeais sur ma foi en Dieu et mon statut de prêtre et croyant. J’avais emprunté ce livre dans la salle d’attente du psychanalyste chez lequel j’allais m’allonger deux fois par semaine, dans le secret espoir d’y trouver un père moins religieux que mes parents, avant que je franchisse le pas que Soren Kierkegaard n’a jamais franchi. Je me retrouvais particulièrement dans ce qu’il écrivait, puisque je partageais la même culpabilité depuis la même éducation religieuse, sans doute moins rigide parce que moins perverse.
Un an plus tard, je quittais l’Eglise chassé comme un voleur ! Je n’ai pas lu les dix numéros de l’Instant dans lesquels, à la fin de sa vie, il a mené une campagne violente « contre l’Eglise établie et la déchéance du christianisme », mais il est probable qu’à cette époque, j’aurais volontiers signé ces écrits !
J’ai eu la chance de pouvoir me débarrasser de la foi chrétienne qui, par la culpabilité, enferme ses adeptes mieux que ne le ferait une prison de haute sécurité, les murs étant intériorisés !
Je pense donc que Soren Kierkegaard peut conduire à la philosophie par l’analyse fine qu’il pratique sur la réalité de notre vie, analyse sans concessions puisque sa vie à lui était toute imaginaire ! Mais son manque d’engagement et son inexpérience de l’amour l’empêchent de nous emmener plus loin, vers ce rivage qu’il pressent : il s’en remet malheureusement au stade religieux et à la foi, lesquels ne sont pas pertinents, existentiellement parlant.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.cellaic.com
 
kierkegaard
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
les trois ordres :: philosophie :: débats-
Sauter vers:  
Ne ratez plus aucun deal !
Abonnez-vous pour recevoir par notification une sélection des meilleurs deals chaque jour.
IgnorerAutoriser